Layrle. « Il n’y a plus d’esclave à la Guadeloupe » 1848

Il y a 168 ans, le 27 mai 1848, Jean-François Layrle, alors gouverneur de la Guadeloupe, proclame, par crainte d’une insurrection des esclaves, l’abolition de l’esclavage.

Le décret officiel qui arrivera une semaine plus tard, le 5 juin à Basse-Terre, s’exprime dans les termes suivants :

« Citoyens,

Il n’y a plus d’esclaves à la Guadeloupe.

L’esprit de sagesse et de modération dont la population esclave a fait preuve méritait une récompense. Il m’a permis d’avancer, le jour de la liberté.

Que nos nouveaux Concitoyens continuent d’être modérés et sages ! qu’ils s’élèvent par le travail, les bonnes moeurs, la religion, à toute la dignité d’homme libre !

Qu’ils aident à rendre ce beau pays riches et florissant !

Des mesures pour réprimer sévèrement le désordre et le vagabondage seront immédiatement arrêtées. Tous mes soins, tous les efforts seront consacrés désormais à obtenir pour les maîtres une légitime indemnité.

Vive la République »

La proclamation d'abolition de l'esclavage du gouverneur de la Guadeloupe, le 27 mai 1848 © DR
© DR La proclamation d’abolition de l’esclavage du gouverneur de la Guadeloupe, le 27 mai 1848

Il y a beaucoup à dire sur le fond et la forme du décret de Layrle. On notera seulement d’une part le ton paternaliste – puisque les esclaves ont été bien dociles alors ils auront cette récompense ; qu’ils fassent désormais bon usage de leur liberté-, et, d’autre part, le souci d’indemnisation des maîtres qui se retrouvent sans leurs gentils esclaves. Préférons les propos d’un philosophe qui, un siècle plus tôt alors que l’idée même d’abolition n’était pas à l’ordre du jour, affirmait toute l’absurdité de l’esclavage et le caractère inaliénable de la liberté humaine pour tout homme.

Le droit de l’esclavage est nul

rousseaucontratS’il a fallu le décret d’un gouverneur pour abolir l’esclavage, c’est que l’esclavage fut un droit. Or comme dit Rousseau, « le droit de l’esclavage est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires. »

Et puisque nous évoquons Rousseau, qui était intimement convaincu de l’absurdité de l’esclavage, relisons des extraits de son Contrat Social, paru en 1762, soit 86 ans avant le décret de Layrle. Ce sera notre manière de commémorer cette abolition.

Que ce soit par nature ou par convention la théorie de l’esclavage ne tient pas.

Tout d’abord un extrait du chapitre 2 du Contrat Social, dans lequel notre philosophe critique la théorie de l’esclavage par nature, en suite deux extraits du chapitre 4, justement intitulé « De l’esclavage », dans lequel il, cette la théorie de l’esclavage par convention, c’est-à-dire ce prétendu « droit d’esclavage » qui résulterait d’un « contrat » par lequel un homme renoncerait à tous ses droits en échange de sa vie ou de sa subsistance.

« Aristote avant eux tous avait dit aussi que les hommes ne sont point naturellement égaux, mais que les uns naissent pour l’esclavage et les autres pour la domination. Aristote avait raison, mais il prenait l’effet pour la cause. Tout homme né dans l’esclavage naît pour l’esclavage, rien n’est plus certain. Les esclaves perdent tout dans les fers, jusqu’au désir d’en sortir ; ils aiment leur servitude comme les compagnons d’Ulysse aimaient leur abrutissement. S’il y a donc des esclaves par nature, c’est parce qu’il y a eu des esclaves contre nature. La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués. »

Rousseau, Du Contrat Social, Livre I, Chapitre 2

« Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa condition d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Il n’y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme, et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté. Enfin, c’est une convention vaine et contradictoire de stipuler d’une part une autorité absolue et de l’autre une obéissance sans bornes. N’est-il pas clair qu’on n’est engagé à rien envers celui dont on a le droit de tout exiger, et cette seule condition, sans équivalent, sans échange n’entraîne-t-elle pas la nullité de l’acte ? Car quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ce qu’il a m’appartient, et que son droit étant le mien, ce droit de moi contre moi-même est un mot qui n’a aucun sens ? […] Ainsi, de quelque sens qu’on envisage les choses, le droit d’esclavage est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires ; ils s’excluent mutuellement. Soit d’un homme à un homme, soit d’un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé : je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j’observerai tant qu’il me plaira, et que tu observeras tant qu’il me plaira. »

Rousseau, Du Contrat Social, Livre I, Chapitre 4

Séance 1 de préparation à l’oral

rousseaucontratRetour sur le livre 1 du Contrat Social de Rousseau à travers une série de questions de compréhension et de réflexion.

Ces questions, qui ont fait l’objet d’un commentaire en classe, doivent être travaillés personnellement. Elles peuvent être des questions posées par l’examinateur ou bien des questions qu’il convient de se poser pour l’étude d’extraits.

En outre, répondre aux questions nécessite que l’on définisse les notions et que l’on structure sa sa réponse.

Questions de compréhension

  1. Quel est, à la lecture du préambule, l’objet du Contrat Social ?
  2. Que signifie la formule : « l’homme est né libre et partout il est dans les fers »?
  3. Pourquoi Rousseau distingue-t-il l’obéissance par contrainte et l’obéissance par devoir ?
  4. Que veut dire Rousseau lorsqu’il affirme que l’ordre est u droit sacré qui sert de fondement à tous les autres »?
  5. Sur quoi se fonde l’ordre social ?
  6. Que veut montrer Rousseau au chapitre 2 ?
  7. En quoi l’étude succincte des premières sociétés est-elle nécessaire à la démonstration de Rousseau ? Pourquoi ne s’y attarde-t-il pas ?
  8. Quel sens prend la notion de peuple au chapitre 5 ?
  9. Quel lien logique peut-on faire entre le contenu des chapitres 2, 3, 4 et celui du chapitre 5 ?
  10. En quoi le caractère hypothétique du discours de Rousseau est-il essentiel ?
  11. Le pacte social vise-t-il d’abord la défense de l’intérêt bien compris de chaque associé ou la réalisation du bien commun ?
  12. Comment Rousseau définit-il la liberté ? En quoi est-elle la condition du pacte social ?
  13. Peut-on comparer le peuple à un organisme vivant ? Quelles sont les limites de cette métaphore ?
  14. Qui sont les contractants du pacte social ? En quoi le pacte social est-il un contrat d’une nature spéciale ?
  15. Quelles sont les conséquences pratiques du pacte social
  16. Selon Rousseau, qui est le détenteur légitime de la souveraineté ?

Questions de réflexion

  1. Peut-on avec raison reprocher avec Rousseau le caractère utopique, voire idéaliste, de son propos ? Plus généralement, toute théorie politique ne souffre-t-elle pas d’abord d’être une théorie ?
  2. Pourquoi Rousseau met-il de côté la question de savoir comme s’est fait le changement qui a conduit l’homme à perdre sa liberté native ?
  3. Tout ordre social juste suppose-t-il la liberté des citoyens ?
  4. Faut-il lier liberté et obéissance ?
  5. Faut-il opposer la force et le droit ?
  6. Pourquoi ne peut-on aliéner volontairement sa liberté ?
  7. Tout droit procède-t-il nécessairement de conventions ?
  8. L’avis de la majorité suffit-il à légitimer une décision d’ordre politique ?
  9. Qu’est-ce qui pousse les hommes à entrer en société ?
  10. Faut-il considérer la communauté politique sur le modèle de la machine ou sur le modèle du corps vivant ?
  11. Le contrat social est-il la seule manière de légitimer l’ordre social ?
  12. Quelles sont les conditions nécessaires à l’établissement du droit de propriété ?

Exercices pour la séance 2

 

Exercice 1

Texte 1 : Préambule, le chapitre I Sujet de ce premier Livre et chapitre II Des premières Sociétés du Livre premier du Contrat social.

  1. Lire le Préambule, le chapitre I Sujet de ce premier Livre et chapitre II Des premières Sociétés du Livre premier du Contrat social.
  2. Analyser le chapitre I
  3. Etudier les étapes de l’argumentation de Rousseau dans le chapitre II.

Exercice 2

Texte 2 : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. => il ne signifie ici rien du tout. »

  1. Retrouver l’extrait dans le Livre I du Contrat social et lire le texte de telle manière à pouvoir répondre aux questions suivantes :
  2. Dans quel le contexte se situe cet extrait, cf. les chapitres 1 et 2 du Livre I ?
  3. Quelle est la question à laquelle Rousseau répond dans ce texte ?
  4. Quelle est sa thèse, c’est-à-dire qu’elle est la réponse qu’il donne à cette question ?
  5. Quelles sont les étapes de l’argumentation de Rousseau ?
  6. A quel philosophe, Rousseau s’oppose-t-il ici ?
  7. Quels sont les notions et expressions qui devront donner lieu à une attention particulière dans l’analyse ?