Bac 2016. Une mention spéciale à la Terminale L du LPO de Pointe-Noire

100pour100Un grand bravo à la classe de terminale L du Lycée de Pointe-Noire. On en avait parlé à plusieurs reprises dans le courant de l’année et vous l’avez fait ! 100% de réussite, et ce dès le premier tour ! Vous pouvez être fiers de vous !

Merci pour cette année, merci pour ce beau dénouement. Profitez bien de vos vacances ! Et faites bon usage de votre baccalauréat.

Votre prof principal et prof de philo

Prix lycéen du livre de Philosophie 2017

prix du livre lycéen


 

Dans un précédent article, nous évoquions « Le Prix lycéen du livre de philosophie » qui avait rendu son verdict en récompensant Revivre de Frédéric Worms pour Revivre. Place maintenant, à la prochaine édition, celle qui va nous intéresser.

Trois ouvrages ont été sélectionnés et seront soumis à nos comités de lecture. Il s’agit de :
La privation de l’intime de Michaël Fœssel
Courir de Guillaume Le Blanc
Philosophie des jeux vidéos Mathieu Triclot

Plusieurs exemplaires de chacun de ces trois ouvrages sont d’ores et déjà commandés par le lycée et nous pourrons dès la rentrée prochaine nous lancer dans l’aventure, une aventure de lecture, d’échanges et de partage et pourquoi pas d’écriture. Si vous en avez la possibilité et le désir vous pouvez vous les procurer et vous lancer dans une lecture de vacances. Pour ma part, et sans vouloir influencer déjà quiconque, j’en ai déjà lu un, c’est celui de Guillaume Le Blanc qui m’a permis de réunir mes deux passions celle de la philosophie et de la course à pied.

Livres sélectionnés pour l’édition 2016/2017

privation de l'intimeMichaël Fœssel, La privation de l’intime, Éditions du Seuil.

Depuis quelques années, les politiques se sont décidés à nous entretenir d’eux-mêmes, en partie pour ne plus avoir à parler de nous. De quoi ces mises en scène de l’intime sont-elles le symptôme ? Ce livre montre que la « pipolisation » n’affecte pas seulement la politique, mais l’intime lui-même qui se trouve dévalué d’être ainsi donné à voir. L’intime désigne l’ensemble des liens qui n’existent que pour autant qu’ils sont soustraits au regard social et à son jugement. Ces liens sont le support d’expériences qui, contrairement à ce que l’on dit le plus souvent, entretiennent un rapport avec la démocratie.
La privation de l’intime est d’abord sa « privatisation », c’est-à-dire sa confusion avec les propriétés du Moi. L’intime n’est pas le privé parce qu’il renvoie à des liens affectifs, amoureux, désirants où le sujet prend le risque de se perdre.
On découvrira que la préservation de l’intime est aussi une manière de ne pas rabattre la démocratie sur une société de propriétaires. Michaël Fœssel interroge les ambivalences de la modernité libérale qui invente l’intime et l’identifie presque aussitôt avec le privé. De là des questions inattendues : la démocratie doit-elle être sensible pour demeurer démocratique ? L’intime peut-il figurer au rang d’idéal commun ? Dans quelle mesure l’amour est-il un sentiment politique ?


courirGuillaume Le Blanc, Courir, Éditions Champs-Flammarion.

Les philosophes ne traitent jamais de la course à pied ; déjà les Grecs faisaient l’éloge de la tortue marcheuse, mais disqualifiaient le vaillant Achille, pris dans la folie de ses enjambées… L’auteur, coureur de fond lui-même, s’oppose ici à cette tradition : en autant de textes qu’il y a de kilomètres au marathon, il va à la rencontre des millions de joggers qui ignorent parfois leur propre sagesse. Il brosse pour cela de nombreux portraits, de Guy Drut aux fuyards des sociétés modernes, en passant par les marathoniens de New York ou d’Amsterdam. Il montre que la course permet de tester les philosophies (si l’on démarre kantien, on finit toujours spinoziste…). Il la ressaisit enfin comme une expérience du temps, et révèle sa vraie nature : la course est l’épreuve d’un pouvoir intérieur.


philo des jeux vidéosMathieu Triclot, Philosophie des jeux vidéos, Éditions Zones.

Vous êtes face à un jeu vidéo. Vous pressez les bonnes touches, vous déplacez la souris, vous appuyez en cadence sur les boutons du pad. Qu’est-ce qui se produit alors ? Quel est cet état si particulier, à la limite du vertige et de l’hallucination, face à l’écran et à la machine ? L’expérience ne ressemble à aucune autre : pas plus à l’état filmique des salles obscures qu’à l’état livresque de la lecture.
De « Space Invaders » à la 3D, depuis les premiers hackers qui programmaient la nuit sur les ordinateurs géants d’universités américaines jusqu’à la console de salon, en passant par la salle d’arcade des années 1970, ce qui s’est à chaque fois inventé, au fil de l’histoire des jeux vidéo, ce sont de nouvelles liaisons à la machine, de nouveaux régimes d’expérience, de nouvelles manières de jouir de l’écran. On aurait tort de négliger ce petit objet. Sous des dehors de gadget méprisable, il concentre en fait les logiques les plus puissantes du capitalisme informationnel. Et ceci parce qu’il tient ensemble, comme aucune autre forme culturelle ne sait le faire, désir, marchandise et information. Les jeux vidéo exhibent la marchandise parfaite du capitalisme contemporain, celle dont la consommation s’accomplit intégralement et sans résidu sous la forme d’une expérience ; une expérience-marchandise branchée en plein cœur de la mise en nombres du monde.
À l’âge de la « gamification généralisée », où le management rêve d’un « engagement total » mesuré par une batterie d’indicateurs, les jeux vidéo fournissent aussi un nouveau modèle pour l’organisation du travail, où l’aliénation s’évanouirait enfin dans le fun.


 

Le philosophe et le boxeur

Mohamed Ali en 1966 – en.wikipedia.org

ali philonenko

Il a voulu être le meilleur et sans aucun doute il l’a été. Le plus grand boxeur de tous les temps s’en est allé. Mais en quoi cela peut-il intéresser la philosophie ? Que peut nous dire la philosophie sur la boxe en général ? Or, il se trouve qu’un philosophe spécialiste de Kant et passionné de boxe a écrit, il y a quelques années, sur Mohammed Ali  ?

Alexis Philonenko, a avant tout pour ce sportif, une admiration sans borne. Dans cette brève mythographie, le philosophe revient sur le parcours de Cassius Clay devenu Mohammed Ali.

Combat après combat, le grand  qui a vécu concrètement avec « l’idée d’être le meilleur ».  »  Ce « nouvel Achille  » ou cet « Apollon noir », ce boxeur converti à l’Islam a forgé lui-même sa légende. Il a martelé sans arrêt qu’il fut et et qu’il restera, le meilleur, « the Greatest ». Il a écrasé tant sous un flot de paroles que de ses coups ses adversaires.

Dans « Un destin américain », paru chez Bartillat en 2007, Alexis Philonenko retrace les moments clés du destin exceptionnel de ce boxeur hors du commun. Avec passion et force, Alexis Philonenko raconte les exploits qui ponctuent cette vie mythique dans l’Amérique des années 1960-1970. Les combats contre Sonny Liston, Joe Frazier ou George Foreman sont décrits avec précision et rigueur. La grandeur de Mohammed Ali est restituée dans toute sa puissance, de même son extraordinaire personnalité, son verbe flamboyant, son caractère inouï. La boxe d’Ali, si aérienne et dansante, était géniale, et Alexis Philonenko en restitue la grâce et la singularité, en retraversant cette odyssée du XXe siècle.

Mohammed Ali : Un destin américain

Faut-il commémorer ou oublier ?

20160529 scénographie Verdun

Est-ce la même chose que de vouloir faire naître ou développer la conscience historique des jeunes et le devoir de mémoire ? Quel est le sens et le but d’une commémoration ? Cela participe-t-il à une conscience et mémoire collective ? Cette mémoire peut-elle raviver des haines ou bien au contraire est-elle le fondement d’une paix authentique et durable ? Oublier ne serait-il pas plus judicieux de manière à tourner des pages, terminer enfin ce grand livre des horreurs et penser un tout autre avenir, une toute autre société ? N’est-ce pas une illusion que de croire que l’on peut prendre des leçons de l’histoire ? Ne croule-t-on pas sous les commémorations sans que l’on puisse voir pour autant des progrès en matière d’humanité ?

Interrogation à poursuivre. Questions à développer. Thèses à échafauder et à discuter. Aller au-delà de toutes polémiques malsaines, pour penser vraiment. Qu’on ne se trompe pas, si certains polémiquent sur le fait que la scénographie des célébrations du centenaire de la bataille de Verdun, conçue par le cinéaste allemand Volker Schlöndorff, était un honteux et désolant, voire blasphématoire spectacle en ce qu’elle faisait courir et danser une jeunesse parmi les tombes et les croix, c’est certainement de la pure et simple récupération politique politicienne. Plus important est de réfléchir sur la nature, le sens et la valeur de l’acte commémoratif tout autant que ses limites. Que dit cet acte ou plus exactement la manière dont on s’y prend pour commémorer, ou encore notre rapport à la mémoire et à l’histoire sur notre société actuelle ?

Vendredi 27 mai en Guadeloupe, on commémorait l’abolition de l’esclavage, dimanche 29 mai on commémorait à Verdun le centenaire d’une bataille, le 6 juin prochain, le débarquement etc. L’occasion nous est donc donnée d’y réfléchir.

Des sujets de philosophie donnés au baccalauréat évoquant cette thématique :

4 dissertations

  • Commémorer le passé, est-ce le connaître ?
  • Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?
  • L’intérêt de l’histoire, est-ce d’abord de lutter contre l’oubli ?
  • Pour se libérer du passé faut-il l’oublier ?

Un texte d’Arthur Schopenhauer

L’usage de la raison individuelle suppose, à titre de condition indispensable, le langage ; l’écriture n’est pas moins nécessaire à l’exercice de cette raison de l’humanité : c’est avec elle seulement que commence l’existence réelle de cette raison, comme celle de la raison individuelle ne commence qu’avec la parole. L’écriture, en effet, sert à rétablir l’unité dans cette conscience du genre humain brisée et morcelée sans cesse par la mort : elle permet à l’arrière-neveu de reprendre et d’épuiser la pensée conçue par l’aïeul ; elle remédie à la dissolution du genre humain et de sa conscience en un nombre infini d’individus éphémères, et elle brave ainsi le temps qui s’envole dans une fuite irrésistible avec l’oubli, son compagnon. Les monuments de pierre ne servent pas moins à cette fin que les monuments écrits, et leur sont en partie antérieurs. Croira-t-on en effet que les hommes qui ont dépensé des sommes infinies, qui ont mis en mouvement les forces de milliers de bras, durant de longues années, pour construire ces pyramides, ces monolithes, ces tombeaux creusés dans le roc, ces obélisques, ces temples et ces palais, debout depuis des millénaires déjà, n’aient eu en vue que leur propre satisfaction, le court espace d’une vie, qui ne suffisait pas à leur faire voir la fin de ces travaux, ou encore le but ostensible que la grossièreté de la foule les obligeait à alléguer ? – Leur intention véritable, n’en doutons pas, était de parler à la postérité la plus reculée, d’entrer en rapport avec elle et de rétablir ainsi l’unité de la conscience humaine.

SCHOPENHAUER, Le Monde comme volonté et comme représentation (1819)

On a passé le bac philo à Washington

201605 bacwashingtonLes élèves scolarisés dans un centre étranger à Washington passent les épreuves du baccalauréat 2016 du 26 mai au 7 juin prochain. Les épreuves de philosophie se sont déroulés vendredi dernier. Nous sommes en attente des sujets. Un moyen pour nous de nous entraîner avant notre épreuve du 14 juin.

Le lycée Jardin d’Essai et le Mémorial ACTe, centre du monde avec 80 élèves du Sénégal, du Surinam, de Nantes et de Guadeloupe

27mai2016A l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, le lycée Jardin d’Essai et le Mémorial ACTe deviennent centre du monde en accueillant 80 élèves du Sénégal, du Surinam, de Nantes et de Guadeloupe.

Comment amener les jeunes à connaître leur identité tout en s’ouvrant au monde ? Comment sensibiliser à l’histoire et aux mémoires de la traite et de l’esclavage par la connaissance du patrimoine matériel et immatériel ? Tels sont les objectifs du projet : « LA TRAITE NEGRIERE, L’ESCLAVAGE ET LEURS HERITAGES : Histoires, mémoires et patrimoines partagés de 80 élèves de Guadeloupe, du Sénégal, du Surinam et de Nantes » d’après une idée originale d’Elise NDOBO, professeur d’anglais à Nantes et de Karine SITCHARN, professeur d’histoire-géographie au Lycée Jardin D’Essai.

Au programme

  • 9h-12h30 : Visite guidée bilingue du Mémorial ACTe réalisé par 10 élèves de seconde De jardin d’Essai formés par le MACTe
  • 14h30-15h30 : Présentation du livre numérique collaboratif rédigé par les 4 classes(lectures + projection vidéo). Ce livre est le fruit d’un formidable échange culturel entre les élèves de Guadeloupe, de Nantes, du Sénégal et du Surinam autour de l’Histoire, des mémoires et du patrimoine de la traite et de l’esclavage.
  • 15h30-16h30 : Rencontre et échanges avec le Président du Mémorial ACTe, M. Jacques MARTIAL, le Directeur scientifique, M. Thierry L’Etang, Mme SITCHARN, professeur d’Histoire au lycée Jardin d’Essai, Mme NDOBO, professeur d’Anglais à Nantes, Mme PATER-TORIN, chorégraphe et les élèves.
  • 16h30-18h : Projection du film « Noirs, l’identité au cœur de la question noire » de Arnaud NGATCHA et Jérôme SESQUIN. Ce film tourné en France hexagonale, aux Antilles et auSénégal soulève la « question noire » qui se pose aujourd’hui en France.Suivie d’un débat avec Georges LAWSON BODY, universitaire.
  • 18h30 : Danse en costume traditionnel des « marrons du Surinam » réalisée par les élèves du Surinam suivie d’une comédie musicale intitulée « De la liberté à la liberté » encadrée par Raymonde PATER-TORIN (chorégraphe) de l’association KAMODJAKA et Yane MAREINE (chanteuse et comédienne) de l’association NOLEDJIZ ART.

 » Une comédie musicale qui donne à voir une jeunesse curieuse de son identité tout étant ouvert à l’altérité. Un spectacle qui montre une jeunesse qui « n’est pas esclave de l’esclavage » comme le disait Frantz FANON mais qui sait valoriser son patrimoine pour en faire un objet artistique et – pourquoi pas demain – un produit touristique. »

Les organisateurs

macte

Voltaire. Le fanatisme religieux comme maladie, mais quel remède ?

Nicolas de Largillière, portrait de Voltaire détail
Voltaire 1694-1778

« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances; il pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu.
Barthélemy Diaz fut un fanatique profès. Il avait à Nuremberg un frère, Jean Diaz, qui n’était encore qu’enthousiaste luthérien, vivement convaincu que le pape est l’antechrist, ayant le signe de la bête. Barthélemy, encore plus vivement persuadé que le pape est Dieu en terre, part de Rome pour aller convertir ou tuer son frère: il l’assassine; voilà du parfait: et nous avons ailleurs rendu justice à ce Diaz.
Polyeucte, qui va au temple, dans un jour de solennité, renverser et casser les statues et les ornements, est un fanatique moins horrible que Diaz, mais non moins sot. Les assassins du duc François de Guise, de Guillaume prince d’Orange, du roi Henri III, du roi Henri IV, et de tant d’autres, étaient des énergumènes malades de la même rage que Diaz.
Le plus grand exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélemy, leurs concitoyens qui n’allaient point à la messe. Guyon, Patouillet, Chaudon, Nonotte, l’ex-jésuite Paulian, ne sont que des fanatiques du coin de la rue, des misérables à qui on ne prend pas garde: mais un jour de Saint-Barthélemy ils feraient de grandes choses.
Il y a des fanatiques de sang-froid : ce sont les juges qui condamnent à la mort ceux qui n’ont d’autre crime que de ne pas penser comme eux; et ces juges-là sont d’autant plus coupables, d’autant plus dignes de l’exécration du genre humain, que, n’étant pas dans un accès de fureur comme les Clément, les Chastel, les Ravaillac, les Damiens, il semble qu’ils pourraient écouter la raison.
Il n’est d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les moeurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car dés que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l’air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent, pas contre la peste des âmes; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l’esprit l’exemple d’Aod qui assassine le roi Églon; de Judith qui coupe la tête d’Holopherne en couchant avec lui; de Samuel qui hache en morceaux le roi Agag; du prêtre Joad qui assassine sa reine à la porte aux chevaux, etc., etc., etc. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l’antiquité, sont abominables dans le temps présent: ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.
Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage: c’est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre.
Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant?
Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J’ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s’échauffaient par degrés parmi eux: leurs yeux s’enflammaient, tout leur corps tremblait, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.
Oui, je les ai vus ces convulsionnaires, je les ai vus tendre leurs membres et écumer. Ils criaient: « Il faut du sang ». Ils sont parvenus à faire assassiner leur roi par un laquais, et ils ont fini par ne crier que contre les philosophes.
Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. Il n’y a eu qu’une seule religion dans le monde qui n’ait pas été souillée par le fanatisme, c’est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède; car l’effet de la philosophie est de rendre l’âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. Si notre sainte religion a été si souvent corrompue par cette fureur infernale, c’est à la folie des hommes qu’il faut s’en prendre. »

Voltaire, Article « Fanatisme », Dictionnaire philosophique portatif, 1764

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