{"id":772,"date":"2014-01-18T23:38:58","date_gmt":"2014-01-18T22:38:58","guid":{"rendered":"http:\/\/laphilo.com\/blog\/?p=772"},"modified":"2014-01-18T23:39:48","modified_gmt":"2014-01-18T22:39:48","slug":"le-temps-coule-t-il-comme-un-ruisseau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laphilo.com\/blog\/2014\/01\/18\/le-temps-coule-t-il-comme-un-ruisseau\/","title":{"rendered":"Le temps coule-t-il comme un ruisseau ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.iep.utm.edu\/wp-content\/media\/merleau-ponty.jpg\" width=\"290\" height=\"300\" \/>\u00ab\u00a0On dit que le temps passe ou s&rsquo;\u00e9coule. On parle du cours du temps. L&rsquo;eau que je vois passer s&rsquo;est pr\u00e9par\u00e9e, il y a quelques jours, dans les montagnes, lorsque le glacier a fondu\u00a0; elle est devant moi\u00a0; \u00e0 pr\u00e9sent, elle va vers la mer o\u00f9 elle se jettera. Si le temps est semblable \u00e0 une rivi\u00e8re, il coule du pass\u00e9 vers le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir. Le pr\u00e9sent est la -cons\u00e9quence du pass\u00e9 et l&rsquo;avenir la cons\u00e9quence du pr\u00e9sent. Cette c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9taphore est en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s confuse. Car,\u00a0<\/span><i style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">\u00e0 consid\u00e9rer les choses elles-m\u00eames<\/i><span style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">, la fonte des neiges et ce qui en r\u00e9sulte ne sont pas des \u00e9v\u00e9nements successifs, ou plut\u00f4t la notion m\u00eame d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement n&rsquo;a pas de place dans le monde objectif. Quand je dis qu&rsquo;avant-hier le glacier a produit l&rsquo;eau qui passe \u00e0 pr\u00e9sent, je sous-entends un t\u00e9moin assujetti \u00e0 une certaine place dans le monde et je compare ses vues successives\u00a0: il a assist\u00e9 l\u00e0-bas \u00e0 la fonte des neiges et il a suivi l&rsquo;eau dans son d\u00e9cours\u00a0; ou bien, du bord de la rivi\u00e8re, il voit passer apr\u00e8s deux jours d&rsquo;attente les morceaux de bois qu&rsquo;il avait jet\u00e9s \u00e0 la source. Les \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb sont d\u00e9coup\u00e9s par un observateur fini dans la totalit\u00e9 spatio-temporelle du monde objectif. Mais, si je consid\u00e8re ce monde lui-m\u00eame, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul \u00eatre indivisible et qui ne change pas. Le changement suppose un certain poste o\u00f9 je me place et d&rsquo;o\u00f9 je vois d\u00e9filer des choses\u00a0; il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements sans quelqu&rsquo;un \u00e0 qui ils adviennent et dont la perspective finie fonde leur individualit\u00e9. Le temps suppose une vue sur le temps. Il n&rsquo;est donc pas comme un ruisseau [&#8230;].\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"right\">Maurice Merleau-Ponty, <i>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception<\/i>, 1945<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0On dit que le temps passe ou s&rsquo;\u00e9coule. On parle du cours du temps. L&rsquo;eau que je vois passer s&rsquo;est pr\u00e9par\u00e9e, il y a quelques jours, dans les montagnes, lorsque le glacier a fondu\u00a0; elle est devant moi\u00a0; \u00e0 pr\u00e9sent, elle va vers la mer o\u00f9 elle se jettera. Si le temps est semblable \u00e0 une rivi\u00e8re, il coule du pass\u00e9 vers le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir. 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