{"id":680,"date":"2013-11-13T21:05:58","date_gmt":"2013-11-13T20:05:58","guid":{"rendered":"http:\/\/laphilo.com\/blog\/?p=680"},"modified":"2013-11-13T21:50:21","modified_gmt":"2013-11-13T20:50:21","slug":"svyato-ou-la-decouverte-de-son-image-dans-un-miroir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laphilo.com\/blog\/2013\/11\/13\/svyato-ou-la-decouverte-de-son-image-dans-un-miroir\/","title":{"rendered":"Svyato ou la d\u00e9couverte de son image dans un miroir."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><b>S\u00e9ance de mercredi 13 novembre 2013 : TL, TES et TS<\/b><\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Avant-propos : pr\u00e9sentation de la s\u00e9ance du jour<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sujet se sait sujet, mais comment se sait-il \u00eatre sujet ? se reconna\u00eet-il en tant que sujet ? C&rsquo;est tout le probl\u00e8me de l&rsquo;origine de l&rsquo;\u00e9mergence du sentiment de soi qui se pose ici. Contre toute une tradition philosophique qui remonte \u00e0 Descartes, on admet aujourd&rsquo;hui que l\u2019individu humain ne na\u00eet pas sujet. Il le devient. Autrement dit, sa personnalit\u00e9 se construit, se met en forme par un processus lent et laborieux. Et peut-\u00eatre m\u00eame, cette \u00e9laboration de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle, tel un travail n\u2019en finit pas. Pensons \u00e0 la crise de l&rsquo;adolescence ou \u00e0 la crise de la demie-vie. Mais c&rsquo;est certainement,\u00a0<span style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">\u00e0 travers l\u2019\u00e9tude de l\u2019enfant qu\u2019il est possible de voir ce travail \u00e0 l\u2019\u0153uvre, qui conduira \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une personnalit\u00e9 dans la reconnaissance du sujet par lui-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">Ainsi, nous n\u2019allons pas, ici, tracer toute la g\u00e9n\u00e9alogie compl\u00e8te du sujet durant la vie de l&rsquo;individu, pour cela, nous nous\u00a0<\/span><span style=\"font-size: 14px; line-height: 23.09375px;\">r\u00e9f\u00e9rerons<\/span><span style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">\u00a0\u00e0 l\u2019article d\u2019Edmond Marc Lipiansky, nous nous arr\u00eaterons sur une exp\u00e9rience qui semble capitale pour comprendre la construction du soi, exp\u00e9rience qui se rattache certainement \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;\u00e9mergence de la prise de conscience de soi.\u00a0<\/span>Il s\u2019agit de ce que les psychologues et psychanalystes nomment, depuis Jacques Lacan :\u00a0<b>le stade du miroir<\/b>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette expression fut forg\u00e9e par ce psychanalyste. Le stade du miroir correspond au moment o\u00f9 un enfant reconna\u00eet l\u2019image de son corps dans un miroir. Nous savons depuis Lacan notamment que le stade du miroir a lieu g\u00e9n\u00e9ralement vers l\u2019\u00e2ge de neuf mois alors que l\u2019enfant ne sait pas encore marcher ni parler.\u00a0Le rapport de l\u2019enfant au miroir suit une certaine \u00e9volution. Et c\u2019est justement cette \u00e9volution que nous allons maintenant \u00e9tudier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais avant de commencer \u00e9voquons ce qu&rsquo;est cette objet bien particulier qu&rsquo;est le miroir.\u00a0Le miroir, objet lisse et froid renvoie l\u2019image qu\u2019il re\u00e7oit, il n&rsquo;est ni bon ni m\u00e9chant, ni indulgent ni m\u00e9chant. En revanche, reflet de notre visage ou de notre corps, le miroir nous met dans une situation particuli\u00e8re. Pour le plus petit, il devient l\u2019indice du d\u00e9veloppement psychique de l\u2019enfant qui a pour fin la reconnaissance de lui-m\u00eame par lui-m\u00eame. L\u2019exp\u00e9rience semble toute simple car elle semble apparemment devoir se d\u00e9composer en deux temps : le premier celui de percevoir l\u2019image, et le second de rapporter celle-ci \u00e0 soi. Mais on aurait tort de penser rendre compte de cette exp\u00e9rience dans cette simplicit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9tapes de cette reconnaissance sont en fait bien plus complexes qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. Et c\u2019est donc bien \u00e0 une histoire ou \u00e0 une g\u00e9n\u00e9alogie que nous avons \u00e0 faire et qu\u2019il nous faut d\u00e9crire : l&rsquo;histoire de la reconnaissance de soi par soi comme passage de l\u2019indistinction infantile (syncr\u00e9tisme propre au nourrisson) \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un sujet qui se reconna\u00eet tel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, nous allons \u00e9tudier un documentaire filmique. Et c&rsquo;est dans le cadre du festival du film documentaire, que nous inscrirons le cours du jour. Ce documentaire est r\u00e9alis\u00e9 par Victor Kossakovsky, r\u00e9alisateur russe en 2005. Il s&rsquo;intitule \u00ab\u00a0Svyato\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques mots de pr\u00e9sentation de ce document filmique.\u00a0Svyato est le nom du fils du r\u00e9alisateur. Durant deux ans, Victor Kossakovsky a gard\u00e9 son fils Svyato de tout contact avec un miroir. Un jour, une grande glace est plac\u00e9e dans sa chambre. Le gar\u00e7onnet joue dans le couloir non loin de l\u00e0, encore inconscient de la d\u00e9couverte qui l\u2019attend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9thode que nous allons adopter est la suivante :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">Nous nous allons nous placer en tant qu\u2019observateurs et nous tenterons de saisir les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de la prise de conscience de l\u2019enfant par rapport \u00e0 son image refl\u00e9tant dans le miroir\u00a0: Nous nous arr\u00eaterons \u00e0 chaque \u00e9tape pour d\u00e9crire et interpr\u00e9ter les faits et les gestes de l\u2019enfant. Ensuite, en fin de parcours, nous verrons ce que cela donne \u00e0 penser philosophiquement.<\/span><\/p>\n<figure style=\"width: 507px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Svyato\" src=\"http:\/\/zagrebdox.net\/uploads\/zagreb_dox\/film_translations\/img\/000\/001\/281\/big\/Svyato.jpg?1361375837\" width=\"507\" height=\"308\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Svyato, film\u00e9 derri\u00e8re la vitre sans tain<\/figcaption><\/figure>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">La d\u00e9couverte de l\u2019image dans le miroir<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Comment l\u2019enfant appr\u00e9hende-t-il cette image\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il d\u00e9couvre cet autre, il s\u2019agit bien de son point de vue \u00e0 ce stade d\u2019un autre\u00a0: l\u2019image est pour lui alt\u00e9rit\u00e9, donc \u00e9tranget\u00e9. Svyato ne sait pas qu\u2019il s\u2019agit de lui, plus exactement de son image. C\u2019est pour lui une d\u00e9couverte\u00a0: il n\u2019est pas seul. L\u2019autre est l\u00e0. Mais l\u2019existence de cet autre reste au stade de l\u2019hypoth\u00e8se. Il va, par son comportement face \u00e0 cette situation, s\u2019adonner \u00e0 toute sorte de comportement, dans le but de v\u00e9rifier l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle il a affaire \u00e0 un autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce moment de la d\u00e9couverte est pour l\u2019enfant, \u00e0 la fois, un moment d\u2019\u00e9tonnement et de stup\u00e9faction. (\u00e0 d\u00e9finir\u00a0: \u00e9tonnement\u00a0; stup\u00e9faction)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Comment se manifeste cette d\u00e9couverte\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On remarque, d\u2019une part, que l\u2019enfant explore cette d\u00e9couverte par le toucher et, d\u2019autre part, qu\u2019il exprime une certaine agressivit\u00e9. On pourra d\u2019ailleurs s\u2019interroger sur celle-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <b>L\u2019exploration par le toucher<\/b><\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>L\u2019enfant s\u2019approche du miroir et tend l\u2019objet \u00e0 l\u2019autre. Il fait des mouvements et semble s\u2019apercevoir que l\u2019autre l\u2019imite\u00a0;<\/li>\n<li>Il vient au contact de l\u2019autre, il cherche \u00e0 le toucher\u00a0;<\/li>\n<li>Il lui parle\u00a0;<\/li>\n<li>Il essaie de le pousser\u00a0;<\/li>\n<li>Il s\u2019\u00e9loigne en courant et lui lance un dernier regard dans le couloir avant de dispara\u00eetre dans la pi\u00e8ce adjacente.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <b>L\u2019agressivit\u00e9 exprim\u00e9e<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet autre appara\u00eet comme un rival, c\u2019est bien ce que semble exprimer cette agressivit\u00e9. Celle-ci on l\u2019a retrouvera plus tard avec la violence. Mais c\u2019est aussi toujours pour lui le moyen d\u2019exp\u00e9rimenter l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle il s\u2019agit dans ce miroir d\u2019un autre. En effet, les coups qu\u2019il donne, Svyato se rend compte que l\u2019autre ne les \u00e9prouve pas (cf. la sym\u00e9trie qu\u2019il ne saisit pas encore). Les cris de l\u2019enfant semblent faire partie de cette agressivit\u00e9 manifeste \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019autre rival. Ce n\u2019est pas simplement de l\u2019\u00e9nervement de ne pas voir l\u2019autre r\u00e9agit comme il le d\u00e9sire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Mais comment se traduit cette agressivit\u00e9\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle se traduit de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons, en crescendo. Elle augmente en intensit\u00e9.<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Agressivit\u00e9 corporelle\u00a0: ses mains tapent le miroir<\/li>\n<li>Agressivit\u00e9 avec un objet\u00a0: il part \u00e0 l\u2019assaut avec sa balayette\u00a0; il frappe le sol avant d\u2019attaquer son image\u00a0; bat en retraite\u00a0; reprend le combat et finalement se retire.<\/li>\n<li>Agressivit\u00e9 verbale\u00a0: il crie de plus en plus fort.<\/li>\n<\/ul>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">Le d\u00e9tachement \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son image<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit dans cette s\u00e9quence l\u2019enfant se remettre \u00e0 jouer dans le couloir comme au d\u00e9but du reportage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Aurait-il abandonn\u00e9 toute investigation\u00a0? En reste-t-il \u00e0 son interrogation insatisfaite\u00a0? Ignore-t-il d\u00e9sormais la pr\u00e9sence du miroir avec son autre et rival\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ponse est apparemment non, car on voit, d\u2019apr\u00e8s ce que l\u2019on peut remarquer, qu\u2019il jette des d\u2019\u0153il furtifs. Puis il finit par sa rapprocher du miroir. Il passe devant et va jouer bruyamment dans un coin de la chambre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Comment peut-on expliquer ce comportement nouveau de Svyato\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble feindre l\u2019indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019autre, il fait semblant de l\u2019ignorer, sans doute pour le faire r\u00e9agir. Il s\u2019agit certainement d\u2019une ruse. Il est donc toujours dans la m\u00eame strat\u00e9gie, c\u2019est-\u00e0-dire, la m\u00eame d\u00e9marche exp\u00e9rimentale pour v\u00e9rifier son hypoth\u00e8se. Mais l\u00e0, il passe un cap, pourrait-on dire. Il cherche \u00e0 faire r\u00e9agir l\u2019autre par un biais et non frontalement comme pr\u00e9c\u00e9demment. Apr\u00e8s l\u2019agressivit\u00e9, c\u2019est la ruse qui est maintenant adopt\u00e9e. Jouer \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rent, faire semblant de d\u00e9laisser cet autre, je ne m\u2019occupe plus de toi, je joue moi\u2026<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">Exp\u00e9rience avec l\u2019image<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la sc\u00e8ne pr\u00e9c\u00e9dente, on voit Svyato commencer par jouer seul pour faire r\u00e9agir l\u2019autre du miroir. Maintenant, on le voit jouer avec lui, son double, ce dr\u00f4le de partenaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019exp\u00e9rimentation prend si l\u2019on peut dire une nouvelle tournure. L\u2019exp\u00e9rimentation que l\u2019on pouvait seulement supposer pr\u00e9c\u00e9demment et d\u00e9sormais \u00e9vidente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>A quoi peut-on voir cela\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avec des gestes et des postures tout d\u2019abord, ensuite, avec des objets qu\u2019on appellera transitionnels<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>L\u2019enfant joue tout d\u2019abord avec des gestes et des postures\u00a0: tout d\u2019abord, il fait signe avec la main\u00a0; il saute devant le miroir\u00a0; il recule dans le miroir\u00a0; ensuite, il parle \u00e0 l\u2019image qui ne lui r\u00e9pond pas. On voit bien qu\u2019il m\u00e8ne une exp\u00e9rimentation active.<\/li>\n<li>Il utilise des objets familiers\u00a0: il pr\u00e9sente son chien en peluche au miroir\u00a0; il l\u2019embrasse, le fait tomber. C\u2019est tout un sc\u00e9nario. Il s\u2019empare de la grenouille. Il va chercher un baigneur, le montre \u00e0 son image en l\u2019embrassant, se met \u00e0 pleurer en le serrant dans ses bras. Il fait tout un cin\u00e9ma comme on dit. Et enfin, il finit par tendre un g\u00e2teau. Tout y passe m\u00eame le partage, le don. (un condens\u00e9 de toute l\u2019humanit\u00e9 ici).<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Par les objets transitionnels qu\u2019il utilise dans une mise en sc\u00e8ne, il exp\u00e9rimente \u00e0 plusieurs niveau\u00a0: il s\u2019exp\u00e9rimente lui-m\u00eame, il exp\u00e9rimente les objets, il exp\u00e9rimente l\u2019autre du miroir et \u00e9galement, ce qui n\u2019est pas encore saisi chez lui, le principe de sym\u00e9trie du miroir. A force d\u2019op\u00e9rer ses petites repr\u00e9sentations, il va bien s\u2019apercevoir de la sym\u00e9trie. C\u2019est que l\u2019on va bient\u00f4t observer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On voit bien ici toute l\u2019intelligence de l\u2019enfant en action. Mais on y voit autre chose, \u00e0 moins que cette autre chose s\u2019articule avec cette autre chose, autre chose que\u00a0l\u2019on peut appeler \u00ab\u00a0affect\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Comment se manifeste cet affect\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par de l\u2019amour et par de la haine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019ailleurs, dans toute cette partie, l\u2019affect de l\u2019enfant s\u2019inscrit dans cette ambivalence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ce plan de l\u2019affect, comment Svyato cherche-t-il \u00e0 s\u00e9duire cet autre et \u00e0 apprivoiser son rival\u00a0? Comment s\u2019y prend-il\u00a0? Quelles strat\u00e9gies utilisent-ils\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enfant utilise une multiplicit\u00e9 de strat\u00e9gie\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La violence<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le contournement<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La s\u00e9duction<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le d\u00e9sespoir<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Comment se manifeste la violence\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Violence par des gestes tout d\u2019abord, mais aussi par des graffitis (cf. les plans qui montrent dans la profondeur de champs le mur griffonn\u00e9)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Qu\u2019est-ce que cela semble indiquer\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certainement un d\u00e9sir de d\u00e9foulement face \u00e0 ce qui se passe dans sa pauvre t\u00eate, cette effervescence, entre d\u00e9sir et frustration. D\u00e9sir de rencontrer l\u2019autre et de jouer avec lui et frustration de voir l\u2019autre se moquer de lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Le contournement, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enfant tente une aventure, et il s\u2019agit bien d\u2019une tentative. Il faut pour lui employer les grands moyens\u00a0: il d\u00e9cide de faire le garou-garou passe-muraille, traverser le miroir. Et comme cela se solde par un \u00e9chec, il tente alors, soit de passer par en-dessous soir par au-dessous. Il cherche \u00e0 contourner le miroir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La s\u00e9duction<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sourires et les baisers, s\u00e9duire pour faire craquer. S\u2019il ne peut lui-m\u00eame l\u2019atteindre physiquement, c\u2019est \u00e0 l\u2019autre de le rejoindre. Sans doute est-ce parfois la strat\u00e9gie utilis\u00e9e avec maman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Le d\u00e9sespoir<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 la r\u00e9sistance de l\u2019autre et face \u00e0 l\u2019incompr\u00e9hension, apr\u00e8s avoir tout essayer, les grands moyens, la ruse, l\u2019affectivit\u00e9, apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par toute sorte de phases de l\u2019enthousiasme \u00e0 la frustration, c\u2019est le d\u00e9sespoir qui pr\u00e9domine d\u00e9sormais. Terrible est en effet pour lui cette r\u00e9sistance de l\u2019autre et de cette r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Quelques remarques sur cette s\u00e9quence pour finir<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On voit l\u2019enfant avec ce d\u00e9sir de faire plier les autres et les choses \u00e0 ses d\u00e9sirs. L\u2019univers de l\u2019enfant appara\u00eet tr\u00e8s \u00e9gocentr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A travers la glace sans tain, on voit les expressions les plus dures et les plus tragiques. L\u2019enfant, bouche ouverte, le visage devenant tout rouge. Ses cris \u00e9touff\u00e9s. Ces images rappellent le \u00ab\u00a0Cri\u00a0\u00bb de Munch. Et la musique renvoie \u00e0 la solitude originelle de l\u2019\u00eatre humain, \u00e0 l\u2019angoisse de l\u2019absence.<\/p>\n<figure style=\"width: 612px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.troisiemeporteagauche.com\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2012-11-13-%C3%A0-14.33.33.png\" width=\"612\" height=\"474\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Svyato et son autre, ami ou rival ?<\/figcaption><\/figure>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">Enfin\u00a0! La lib\u00e9ration\u00a0: la reconnaissance de son image<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette s\u00e9quence montre le moment de la lib\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Mais \u00e0 quoi peut-on voir que l\u2019enfant a compris que l\u2019autre, ce rival, est finalement lui, ou plut\u00f4t son image, son reflet\u00a0? En quoi peut-on dire que cette reconnaissance de l\u2019image est certaine\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autre n\u2019est pas autre, ce n\u2019est pas lui non plus, c\u2019est son image en sym\u00e9trie. Et la reconnaissance que l\u2019autre n\u2019est pas autre mais son image est certaine quand son p\u00e8re sort de l\u2019ombre et valide les interrogations de l\u2019enfant. L\u2019\u00e9nigme est lev\u00e9e, un savoir est \u00e9labor\u00e9. L\u2019enfant d\u2019ailleurs est apais\u00e9, son image pacifi\u00e9e semble lui plaire.<\/p>\n<figure style=\"width: 800px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/docma.es\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/SVYATO.jpg\" width=\"800\" height=\"450\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Svyato avec son papa. Son image pla\u00eet \u00e0 Svyato<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est-ce que ce processus nous donne \u00e0 penser philosophiquement ? <em>\u00e0 d\u00e9velopper<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s int\u00e9ressant philosophiquement parlant\u00a0: le passage de l\u2019autre \u00e0 son image et par le fait \u00e0 sa posture de sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour grandir et se constituer en tant que sujet autonome, il a eu besoin de l\u2019autre (ici, l\u2019autre du miroir, le miroir lui-m\u00eame, du regard de l\u2019autre, du langage qui l\u2019identifie). Donc de la sociabilit\u00e9. Il ne peut r\u00e9aliser cela seul\u00a0; c\u2019est une construction o\u00f9 l\u2019interaction avec l\u2019adulte est cruciale. Le miroir est \u00e0 la fois l\u2019objet et l\u2019autre (<em>r\u00e9flexion \u00e0 poursuivre et \u00e0 approfondir<\/em>).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9ance de mercredi 13 novembre 2013 : TL, TES et TS Avant-propos : pr\u00e9sentation de la s\u00e9ance du jour Le sujet se sait sujet, mais comment se sait-il \u00eatre sujet ? se reconna\u00eet-il en tant que sujet ? C&rsquo;est tout le probl\u00e8me de l&rsquo;origine de l&rsquo;\u00e9mergence du sentiment de soi qui se pose ici. Contre toute une tradition philosophique qui remonte \u00e0 Descartes, on admet aujourd&rsquo;hui que l\u2019individu humain ne na\u00eet pas sujet. Il le devient. Autrement dit, sa personnalit\u00e9 se construit, se met en forme par un processus lent et laborieux. 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