{"id":672,"date":"2013-11-10T20:36:56","date_gmt":"2013-11-10T19:36:56","guid":{"rendered":"http:\/\/laphilo.com\/blog\/?p=672"},"modified":"2013-11-10T20:43:47","modified_gmt":"2013-11-10T19:43:47","slug":"percevoir-est-ce-sentir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laphilo.com\/blog\/2013\/11\/10\/percevoir-est-ce-sentir\/","title":{"rendered":"Percevoir, est-ce sentir ?"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><b>El\u00e9ments pour le sujet\u00a0: \u00abPercevoir est-ce sentir\u00a0?\u00a0\u00bb<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il s&rsquo;agit ici de la suite de l&rsquo;\u00e9tude sur la perception qui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves de TL, intitul\u00e9 :\u00a0<span style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">\u00ab\u00a0Sujet percevant et objet per\u00e7u\u00a0\u00bb<\/span><span style=\"font-size: 0.95em; line-height: 1.6em;\">. Apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 un travail visant \u00e0 poser une d\u00e9finition de la notion de perception comme premi\u00e8re approche, il convenait, \u00e0 partir de trois extraits de texte propos\u00e9s (texte de Locke, texte de Leibniz et texte de Merleau-Ponty) de r\u00e9fl\u00e9chir sur la question suivante : <strong>percevoir est-ce sentir ?<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Suivent des \u00e9l\u00e9ments pour tenter d&rsquo;y r\u00e9pondre.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La perception rassemble les sensations re\u00e7ues par nos organes des sens, la vue, l\u2019ou\u00efe, le toucher, le go\u00fbt et l\u2019odorat. Cette d\u00e9finition implique que la perception est un produit de la sensation. Nous pouvons voir chaque matin, dans la rue qui m\u00e8ne au lyc\u00e9e, un flot d\u2019\u00e9l\u00e8ves color\u00e9s et avan\u00e7ant d\u2019un pas plus ou moins d\u00e9cid\u00e9. Nous entendons le moteur de la d\u00e9broussailleuse de la personne qui entretient le terrain jouxtant le lyc\u00e9e. C\u2019est ainsi que nous pensons, que nous croyons avoir un acc\u00e8s imm\u00e9diat \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Le flot d\u2019\u00e9l\u00e8ves et la d\u00e9broussailleuse du jardinier sont bel et bien r\u00e9els. Mais alors cela signifie-t-il que la perception ne consiste qu\u2019\u00e0 recevoir des informations sensibles\u00a0? N\u2019en est-elle que le r\u00e9ceptacle\u00a0? Percevoir est-ce seulement sentir\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne peut-on pas, au contraire, supposer une activit\u00e9 du sujet percevant\u00a0? Ne peut-on pas penser que la perception organise les informations sensibles, les objets per\u00e7us\u00a0? Tout l\u2019enjeu qu\u2019il y a \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce probl\u00e8me est de savoir <strong>comment l\u2019homme en vient-il \u00e0 conna\u00eetre le r\u00e9el\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous recevons d\u2019abord des impressions sur les objets ext\u00e9rieurs puis notre esprit r\u00e9fl\u00e9chit sur elles. Cela signifie que c\u2019est par les informations sensibles que la perception s\u2019organise. On peut ainsi dire qu\u2019elle est bien un premier mode d\u2019acc\u00e8s au r\u00e9el. Cependant, la perception n\u2019op\u00e8re-t-elle pas une s\u00e9lection\u00a0? Ne laisse-t-elle pas de c\u00f4t\u00e9 bon nombre de d\u00e9tails demeurant du coup inconscients\u00a0? Il semble bien que la perception op\u00e8re ce que nous pouvons appeler un \u00ab\u00a0filtre\u00a0\u00bb des informations sensibles que nous recevons. En un mot, et c\u2019est ce que nous allons maintenant \u00e9tudier, la perception est interpr\u00e9tation du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;esprit ne peut s&#8217;emp\u00eacher de percevoir ce qu&rsquo;il per\u00e7oit<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la perception, nous \u00e9prouvons des impressions fortes \u00e0 travers nos sens. Pensons \u00e0 la sonnerie indiquant la fin des cours, au fumet d\u2019un bon petit plat bien mijot\u00e9 ou \u00e0 la fragrance d\u2019un parfum\u2026 Nous \u00e9prouvons en tant qu\u2019hommes des sensations bien singuli\u00e8res qui nous sont propres. En effet, nos organes des sens diff\u00e8rent de ceux des autres \u00eatres vivants. En fonction de la fr\u00e9quence sur laquelle s\u2019\u00e9tablit la sonnerie du lyc\u00e9e, le son ne perturberait ou n\u2019exciterait en rien bon nombre d\u2019animaux. Le philosophe Locke affirme que l\u2019esprit humain doit d\u2019abord saisir ce qui se passe dans le corps, doit saisir son \u00ab\u00a0alt\u00e9ration\u00a0\u00bb. Il peut ensuite et, \u00e0 la suite de cette saisie, modifier son comportement. C\u2019est ainsi que je retire rapidement ma main du feu\u00a0: c\u2019est la douleur vive que je ressens qui me fait la retirer. \u00ab\u00a0Il est certain, dit Locke, que si une alt\u00e9ration produite dans le corps n\u2019atteint pas l\u2019esprit, si une impression produite sur l\u2019ext\u00e9rieur n\u2019est pas remarqu\u00e9e int\u00e9rieurement, il n\u2019y a aucune perception.\u00a0\u00bb\u00a0 Et ajoute-t-il, \u00ab\u00a0le feu peut br\u00fbler notre corps sans autre effet que s\u2019il br\u00fblait une b\u00fbche, sauf si le mouvement est port\u00e9 jusqu\u2019au cerveau et si la sensation de chaleur ou l\u2019id\u00e9e de douleur sont produites dans l\u2019esprit, ce qui constitue la perception effective\u00a0\u00bb. Pour le philosophe empiriste, la perception est l\u2019impression remarqu\u00e9e par l\u2019esprit. Celui-ci est tel une tablette de cire sur laquelle s\u2019imprime ce qui provient de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0: \u00ab\u00a0dans la pure et simple perception, l\u2019esprit est pour la plus grande part passif seulement et, ce qu\u2019il per\u00e7oit, il ne peut s\u2019emp\u00eacher de le percevoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, la perception n\u2019est-elle pas le plus souvent inconsciente\u00a0? D\u00e9pend-elle autant de l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019impression sensible et de l\u2019attention de l\u2019esprit \u00e0 son \u00e9gard, tel que le pr\u00e9tend Locke\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les petites perceptions leibniziennes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En faisant la distinction entre \u00ab\u00a0perception\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0s\u2019apercevoir\u00a0\u00bb et par sa th\u00e9orie \u00ab\u00a0des petites perceptions\u00a0\u00bb, Leibniz s\u2019attaque \u00e0 l\u2019id\u00e9e de Locke. Par exemple, l\u2019habitude ne nous conduit-elle pas \u00e0 ne plus percevoir\u00a0? Les habitants de la plage Cara\u00efbe finissent par ne plus avoir conscience du ressac de la mer sur les galets. Ils ne font plus attention \u00e0 ce bruit devenu habituel. En revanche, il ne faudrait pas grand-chose pour que s\u2019\u00e9veille \u00e0 nouveau l\u2019attention. \u00ab\u00a0Lorsque l\u2019esprit, dit le philosophe Leibniz, est fortement occup\u00e9 \u00e0 contempler certains objets, ils ne s\u2019aper\u00e7oivent en aucune mani\u00e8re de l\u2019impression que certains corps font sur l\u2019organe de l\u2019ou\u00efe, bien que l\u2019impression soit assez forte, mais il n\u2019en provient aucune perception, si l\u2019\u00e2me n\u2019en prend aucune connaissance\u00a0\u00bb. Leibniz nous fait remarquer que des impressions sensibles sont ou bien \u00ab\u00a0trop petites\u00a0\u00bb, ou bien \u00ab\u00a0en trop grand nombre\u00a0\u00bb, ou bien encore \u00ab\u00a0trop unies\u00a0\u00bb pour \u00eatre saisies. En revanche, c\u2019est lorsque qu\u2019elles sont jointes \u00e0 d\u2019autres qu\u2019elles peuvent \u00eatre per\u00e7ues. Nous percevons le tas de sable et non son d\u00e9tail, le grain de sable, nous entendons le bruit des vagues et non son d\u00e9tail\u00a0: la gouttelette d\u2019eau. C\u2019est la mise en relation des \u00e9l\u00e9ments qui nous font percevoir le tout. En un mot, pour Leibniz, la perception est une composition de petites perceptions insensibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous venons de voir que percevoir n\u2019est pas simplement recevoir des impressions sensibles, que percevoir n\u2019est pas simplement sentir. Percevoir c\u2019est \u00eatre inattentif aux sensations les plus fines. La perception est l\u2019organisation d\u2019une multitude de minuscules informations sensibles. La question est alors de savoir comment nous effectuons le tri de toutes ces informations sensibles que nous recevons et comment nous les associons\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La perception comme un acte<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour r\u00e9ponde \u00e0 cette question, il est possible de formuler deux hypoth\u00e8ses. Ou bien, nous percevons une forme et nous donnons priorit\u00e9 \u00e0 certaines informations\u00a0: par exemple, je per\u00e7ois un livre et je m\u2019int\u00e9resse d\u2019abord \u00e0 sa forme rectangulaire et aux diverses caract\u00e9ristiques qui me font dire que c\u2019est un livre. Ou bien alors, nous percevons une myriade de points qu\u2019il nous faut assembler pour identifier l\u2019objet\u00a0: par exemple, je per\u00e7ois un livre et je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 cette infinit\u00e9 de points et de lignes qui constituent ce rectangle qu\u2019est le livre. En fait, selon Maurice Merleau-Ponty, nous ne cessons pas d\u2019anticiper ce qui est per\u00e7u. Et cette anticipation peut \u00eatre corrig\u00e9e \u00e0 son tour. Autrement-dit, la perception op\u00e8re une sorte de va-et-vient dynamique. C\u2019est en r\u00e9alisant une description du v\u00e9cu que l\u2019auteur de la <span style=\"text-decoration: underline;\">Ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception<\/span> entre ce que nous percevons effectivement et ce que nous ne percevons pas encore. La perception n\u2019est pas le r\u00e9sultat de l\u2019enregistrement des donn\u00e9es sensibles, n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019une association de sensations, comme nous le croyons bien souvent. En r\u00e9alit\u00e9, pour Merleau-Ponty, la perception est un acte, celui de corriger sans cesse ce qui a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 par nous. Nous nous attendons \u00e0 percevoir une chose que notre conscience projette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La perception dans un rapport dynamique avec le r\u00e9el<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la perception, l\u2019unit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui fait qu\u2019une chose est une, est anticip\u00e9e. \u00ab\u00a0Si je marche sur une plage vers un bateau \u00e9chou\u00e9 et que la chemin\u00e9e ou la m\u00e2ture se confonde avec la for\u00eat qui borde la dune, il y aura un moment o\u00f9 ces d\u00e9tails rejoindront le bateau et s\u2019y souderont.\u00a0\u00bb Ensuite, une succession d\u2019\u00e9preuves corrige ce qui \u00e9tait d\u2019abord anticip\u00e9 de mani\u00e8re encore confuse. \u00ab\u00a0A mesure que j\u2019approchais, je n\u2019ai pas per\u00e7u des ressemblances ou des proximit\u00e9s qui enfin auraient r\u00e9uni dans un dessin continu la superstructure d\u2019un bateau. J\u2019ai seulement \u00e9prouv\u00e9 que l\u2019aspect de l\u2019objet allait changer, que quelque chose \u00e9tait imminent dans cette tension comme l\u2019orage est imminent.\u00a0Soudain le spectacle s\u2019est r\u00e9organis\u00e9 donnant satisfaction \u00e0 mon attente impr\u00e9cise.\u00bb En quelque sorte, notre perception qui proc\u00e8de par va-et-vient dynamique compose le monde r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Alors, penser est-ce seulement sentir\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Loin d\u2019\u00eatre simplement un r\u00e9ceptacle de donn\u00e9es sensibles, la perception proc\u00e8de sans cesse \u00e0 une interpr\u00e9tation du monde r\u00e9el, en tentant de saisir un tout \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments qu\u2019elle organise pour lui donner sens.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>El\u00e9ments pour le sujet\u00a0: \u00abPercevoir est-ce sentir\u00a0?\u00a0\u00bb Il s&rsquo;agit ici de la suite de l&rsquo;\u00e9tude sur la perception qui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves de TL, intitul\u00e9 :\u00a0\u00ab\u00a0Sujet percevant et objet per\u00e7u\u00a0\u00bb. 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