{"id":221,"date":"2012-10-17T07:03:02","date_gmt":"2012-10-17T11:03:02","guid":{"rendered":"http:\/\/cyberphilo.net\/?p=221"},"modified":"2012-10-17T07:03:02","modified_gmt":"2012-10-17T11:03:02","slug":"la-manifestation-de-linconscient-psychique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laphilo.com\/blog\/2012\/10\/17\/la-manifestation-de-linconscient-psychique\/","title":{"rendered":"La manifestation de l&rsquo;inconscient psychique"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align:justify;\"><b><a href=\"http:\/\/cyberphilo.net\/2012\/10\/17\/la-manifestation-de-linconscient-psychique\/freud1\/#main\" rel=\"attachment wp-att-222\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-222\" title=\"Freud1\" alt=\"\" src=\"http:\/\/laphilo.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/freud1.jpg\" height=\"192\" width=\"263\" \/><\/a>Le cas Elisabeth<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align:justify;\"><i>D&rsquo;origine Hongroise, Elisabeth (<\/i><i>Ilona Weiss),\u00a0<\/i><i>jeune fille de 29 ans consulte Freud en 1892 pour des douleurs aux jambes (abasie). Freud attribue ces douleurs \u00e0 des causes sexuelles. L&rsquo;\u00e9tude du cas d&rsquo;Elisabeth est pour lui l&rsquo;occasion de proposer une m\u00e9thode d&rsquo;analyse nouvelle, \u00ab la psychanalyse \u00bb.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">\u00ab\u00a0Je l&rsquo;interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la premi\u00e8re apparition des douleurs.\u00a0Ses pens\u00e9es s&rsquo;attach\u00e8rent alors \u00e0 des vacances dans la ville d&rsquo;eaux o\u00f9 elle \u00e9tait all\u00e9e avant son voyage \u00e0 Gastein et\u00a0certaines\u00a0sc\u00e8nes surgirent, que nous avions d\u00e9j\u00e0 plus superficiellement trait\u00e9es auparavant. Elle parla de son \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me \u00e0 cette \u00e9poque, de sa lassitude apr\u00e8s tous les soucis que lui avaient caus\u00e9s la maladie ophtalmique de sa m\u00e8re et les soins qu&rsquo;elle lui avait donn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;op\u00e9ration ; elle parla enfin de son\u00a0d\u00e9couragement\u00a0final en pensant qu&rsquo;il lui faudrait, vieille fille solitaire, renoncer \u00e0 profiter de l&rsquo;existence et \u00e0 r\u00e9aliser quelque chose dans la vie. Jusqu&rsquo;alors, elle s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9e assez forte pour se passer de l&rsquo;aide d&rsquo;un homme ; maintenant, le sentiment de sa faiblesse f\u00e9minine l&rsquo;avait envahie, ainsi que le besoin d&rsquo;amour, et alors, suivant ses propres paroles, son \u00eatre fig\u00e9 commen\u00e7a \u00e0 fondre.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">En proie \u00e0 un pareil \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me, l&rsquo;heureux mariage de sa s\u0153ur cadette fit sur elle la plus grande impression ; elle fut t\u00e9moin de tous les tendres soins dont le beau\u00ad-fr\u00e8re entourait sa femme, de la fa\u00e7on dont ils se com\u00adprenaient d&rsquo;un seul regard, de leur confiance mutuelle. On pouvait \u00e9videmment regretter que la deuxi\u00e8me grossesse succ\u00e9d\u00e2t aussi rapidement \u00e0 la premi\u00e8re, mais sa s\u0153ur qui savait que c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 la cause de sa maladie supportait all\u00e8grement son mal en pensant que l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 en \u00e9tait la cause.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Au moment de la promenade qui \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9e aux douleurs d&rsquo;Elisabeth, le beau-fr\u00e8re avait tout d&rsquo;abord refus\u00e9 de sortir, pr\u00e9f\u00e9rant rester aupr\u00e8s de sa femme malade, mais un regard de celle-ci, pensant qu&rsquo;Elisabeth s&rsquo;en r\u00e9jouirait, le d\u00e9cida \u00e0 faire cette excursion. La jeune fille resta tout le temps en compagnie de son beau-fr\u00e8re, ils parl\u00e8rent d&rsquo;une foule de choses intimes et tout ce qu&rsquo;il lui dit correspondait si bien \u00e0 ses propres sentiments qu&rsquo;un d\u00e9sir l&rsquo;envahit alors : celui de poss\u00e9der un mari ressemblant \u00e0 celui-l\u00e0. Puis ce fut le matin qui suivit le d\u00e9part de la s\u0153ur et du beau-fr\u00e8re qu&rsquo;elle se rendit \u00e0 ce site, promenade pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de ceux qui venaient de partir. L\u00e0, elle s&rsquo;assit sur une pierre, et r\u00eava \u00e0 nouveau d&rsquo;une vie heureuse comme celle de sa s\u0153ur, et d&rsquo;un homme, comme son beau-fr\u00e8re, qui saurait capter son c\u0153ur. En se relevant, elle ressentit une douleur qui disparut cette fois-l\u00e0 encore, et ce ne fut que dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi qui sui\u00advit un bain chaud pris dans cet endroit que les douleurs r\u00e9apparurent pour ne plus la quitter.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">J&rsquo;essayai de savoir quelles pens\u00e9es l&rsquo;avaient pr\u00e9occu\u00adp\u00e9e dans son bain ; je ne pus apprendre qu&rsquo;une seule chose, c&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9tablissement de bains l&rsquo;avait fait se souvenir de ce que le jeune m\u00e9nage y avait habit\u00e9. J&rsquo;avais compris depuis longtemps de quoi il s&rsquo;agissait. La malade, plong\u00e9e dans ses souvenirs \u00e0 la fois doux et amers, paraissait ne pas saisir la sorte d&rsquo;explication qu&rsquo;elle me sugg\u00e9rait, et continuait \u00e0 rapporter ses r\u00e9miniscences. Elle d\u00e9peignait son s\u00e9jour \u00e0 Gastein et l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la plongeait l&rsquo;arriv\u00e9e de chacune des lettres; enfin lui parvint la nouvelle de l&rsquo;\u00e9tat alarmant de sa s\u0153ur, et Elisabeth d\u00e9crivit la longue attente, le d\u00e9part du train, le voyage fait dans une angoissante incertitude, la nuit sans sommeil, tout cela accompagn\u00e9 d&rsquo;une violente recrudescence des douleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Je lui demandai si elle s&rsquo;\u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 pendant le trajet la tragique possibilit\u00e9 qu&rsquo;elle trouva r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 son arriv\u00e9e. Elle me dit avoir fait l&rsquo;impossible pour chasser cette id\u00e9e, mais sa m\u00e8re, croyait-elle, s&rsquo;\u00e9tait d\u00e8s le d\u00e9but attendue au pire. Suivit le r\u00e9cit de son arriv\u00e9e \u00e0 Vienne. Elle d\u00e9crivit l&rsquo;impression caus\u00e9e par les parents qui les attendaient \u00e0 la gare, le petit trajet de Vienne \u00e0 la proche banlieue o\u00f9 habitait sa s\u0153ur, l&rsquo;arriv\u00e9e le soir, la travers\u00e9e rapide du jardin jusqu&rsquo;\u00e0 la porte du petit pavillon, la mai\u00adson silencieuse et plong\u00e9e dans une angoissante obscu\u00adrit\u00e9, le fait que le beau-fr\u00e8re ne vint pas \u00e0 leur rencontre. Puis l&rsquo;entr\u00e9e dans la chambre o\u00f9 reposait la morte, et tout d&rsquo;un coup, l&rsquo;horrible certitude que cette s\u0153ur bien aim\u00e9e \u00e9tait partie sans leur dire adieu, sans que leurs soins eus\u00adsent pu all\u00e9ger ses derniers moments.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Au m\u00eame instant une autre pens\u00e9e avait travers\u00e9 l&rsquo;es\u00adprit d&rsquo;\u00c9lisabeth, une pens\u00e9e qui, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un \u00e9clair rapide, avait travers\u00e9 les t\u00e9n\u00e8bres : l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il \u00e9tait rede\u00advenu libre, et qu&rsquo;elle pourrait l&rsquo;\u00e9pouser. Tout s&rsquo;\u00e9clairait. Les efforts de l&rsquo;analyste \u00e9taient couronn\u00e9s de succ\u00e8s. \u00c0 cette minute, ce que j&rsquo;avais suppos\u00e9 se confirmait \u00e0 mes yeux, l&rsquo;id\u00e9e du \u00ab rejet \u00bb d&rsquo;une repr\u00e9sentation insuppor\u00adtable, l&rsquo;apparition des sympt\u00f4mes hyst\u00e9riques par conversion d&rsquo;une excitation psychique en sympt\u00f4mes somatiques, la formation &#8211; par un acte volontaire abou\u00adtissant \u00e0 une d\u00e9fense &#8211; d&rsquo;un groupe psychique isol\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait ainsi et non autrement que les choses s&rsquo;\u00e9taient ici pass\u00e9es. Cette jeune fille avait \u00e9prouv\u00e9 pour son beau-\u00adfr\u00e8re une tendre inclination, mais toute sa personne morale r\u00e9volt\u00e9e avait refus\u00e9 de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9e \u00e0 elle (pendant la promenade faite avec lui, pendant sa r\u00eaverie matinale, au bain et devant le lit de sa s\u0153ur), elle s&rsquo;\u00e9tait cr\u00e9\u00e9 des douleurs par une conversion r\u00e9ussie de psychique en somatique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 j&rsquo;entrepris son traitement, l&rsquo;isolement du groupe d&rsquo;associations relatives \u00e0 cet amour \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fait accompli ; sans cela, je crois qu&rsquo;elle ne se serait jamais pr\u00eat\u00e9e au traitement, la r\u00e9sistance qu&rsquo;elle opposa maintes fois \u00e0 la reproduction des sc\u00e8nes traumatisantes\u00a0correspondant\u00a0r\u00e9ellement \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie mise en oeuvre pour reje\u00adter hors des associations l&rsquo;id\u00e9e intenable. Toutefois, le th\u00e9rapeute\u00a0fut en proie \u00e0 bien des difficult\u00e9s dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant, l&rsquo;effet de la prise de conscience d&rsquo;une repr\u00e9sentation refoul\u00e9e fut bouleversante. Elle poussa les hauts cris, lorsqu&rsquo;en termes pr\u00e9cis, je lui exposai les faits en lui montrant que depuis longtemps, elle \u00e9tait amoureuse de son beau\u00ad-fr\u00e8re. \u00c0 cet instant, elle se plaignit des plus affreuses dou\u00adleurs et fit encore un effort d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour rejeter mes explications : \u00ab Ce n&rsquo;\u00e9tait pas vrai, c&rsquo;\u00e9tait moi qui le lui avais sugg\u00e9r\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait impossible, elle n&rsquo;\u00e9tait pas capable de tant de vilenies, ce serait impardonnable, etc. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align:justify;\">Il ne fut pas difficile de lui d\u00e9montrer que ses propres paroles ne laissaient place \u00e0 aucune autre interpr\u00e9tation, mais il me fallut longtemps pour lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, \u00e0 savoir que l&rsquo;on n&rsquo;est pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circons\u00adtances, son comportement, son attitude, sa maladie, t\u00e9moignaient suffisamment de sa haute moralit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>S. Freud et J. Breuer, <i><span style=\"text-decoration:underline;\">\u00c9tudes sur l&rsquo;hyst\u00e9rie<\/span> (1895), PUF, p. 163.<\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cas Elisabeth D&rsquo;origine Hongroise, Elisabeth (Ilona Weiss),\u00a0jeune fille de 29 ans consulte Freud en 1892 pour des douleurs aux jambes (abasie). Freud attribue ces douleurs \u00e0 des causes sexuelles. L&rsquo;\u00e9tude du cas d&rsquo;Elisabeth est pour lui l&rsquo;occasion de proposer une m\u00e9thode d&rsquo;analyse nouvelle, \u00ab la psychanalyse \u00bb. \u00ab\u00a0Je l&rsquo;interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la premi\u00e8re apparition des douleurs.\u00a0Ses pens\u00e9es s&rsquo;attach\u00e8rent alors \u00e0 des vacances dans la ville d&rsquo;eaux o\u00f9 elle \u00e9tait all\u00e9e avant son voyage \u00e0 Gastein et\u00a0certaines\u00a0sc\u00e8nes surgirent, que nous avions d\u00e9j\u00e0 plus superficiellement trait\u00e9es auparavant. 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