Mais au fait, c’est quoi philosopher ? c’est quoi un vrai philosophe ?

Le 100ème numéro de philosophie Magazine consacré la question de savoir ce qu’est la philosophie.

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Après 99 numéros, il était temps de remonter à la racine même de notre arbre : au fait, c’est quoi, philosopher ? Toute l’histoire de la philosophie est une série de notes de bas de page ajoutées aux dialogues de Platon, a lancé Alfred North Whitehead. Belle formule, mais qui n’épuise pas le problème. Pour cerner la philosophie, nous avons procédé par questions. La philosophie est-elle une discipline théorique ou une pratique, un mode de vie visant au bonheur ? Est-elle vraiment née à Athènes, ou existe-t-il de la philosophie ailleurs – en Inde, en Chine, au Japon, en Afrique ? Y a-t-il eu, depuis l’Antiquité, de nouvelles questions, comme celles de la nature de la conscience ou de l’intelligence artificielle ? La philosophie peut-elle déstabiliser le pouvoir politique, ou renonce-t-elle à son indépendance dès qu’elle s’engage dans les combats du présent ? Un vrai philosophe, est-ce forcément quelqu’un qui construit un système ? La philosophie est-elle l’amie ou l’ennemie de la religion ? Nous avons mis à contribution certains des penseurs contemporains les plus stimulants. Ce dossier a des passages denses, d’autres plus légers. Il offre en tout cas une vision de l’état de l’art.

On a passé le bac philo à Washington

201605 bacwashingtonLes élèves scolarisés dans un centre étranger à Washington passent les épreuves du baccalauréat 2016 du 26 mai au 7 juin prochain. Les épreuves de philosophie se sont déroulés vendredi dernier. Nous sommes en attente des sujets. Un moyen pour nous de nous entraîner avant notre épreuve du 14 juin.

Révisions BAC 2016. Nos instants de bonheur ne sont-ils pas illusoires ?

La vie est un état de malheur radical, affirme Schopenhauer. Doit-on comprendre alors que nos instants de bonheur ne sont qu’illusoires, et que seule la souffrance est lucide ?

Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, Livre IV, §59

« Maintenant enfin, grâce à toutes ces études de l’ordre le plus général, grâce à notre effort pour tracer une esquisse de la vie humaine dans ses traits élémentaires, nous devons être arrivés, dans la mesure où l’on peut se convaincre a priori, à cette conviction que, par nature, la vie n’admet point de félicité vraie, qu’elle est foncièrement une souffrance aux aspects divers, un état de malheur radical ; nous pourrions donner bien plus de vie et de corps à cette idée, en nous adressant à l’expérience, à l’a posteriori, en descendant aux cas particuliers, pour nous mettre sous les yeux des images, pour nous peindre en des exemples notre misère sans nom, pour invoquer les faits et l’histoire, où il est bien permis aussi de jeter un regard et de chercher des lumières. […] Il suffit d’être sorti des rêves de la jeunesse, de tenir compte de l’expérience, de la sienne et de celle des autres, d’avoir appris à se mieux connaître, par la vie, par l’histoire du temps passé et du présent, par la lecture des grands poètes, et de n’avoir pas le jugement paralysé par des préjugés trop endurcis, pour se résumer les choses ainsi : le monde humain est le royaume du hasard et de l’erreur, qui y gouvernent tout sans pitié, les grandes choses et les petites ; à côté d’eux, le fouet en main, marchent la sottise et la malice : aussi voit-on que toute bonne chose a peine à se faire jour, que rien de noble ni de sage n’arrive que bien rarement à se manifester, à se réaliser ou à se faire connaître ; qu’au contraire l’inepte et l’absurde en fait de pensée, le plat, le sans-goût en fait d’art, le mal et la perfidie en matière de conduite, dominent, sans être dépossédés, sauf par instants.

[En tout genre, l’excellent est réduit à l’état d’exception, de cas isolé, perdu dans des millions d’autres ; et si parfois il arrive à se révéler dans quelque œuvre de durée, plus tard, quand cette œuvre a survécu aux rancunes des contemporains, elle reste solitaire, pareille à une pierre du ciel, que l’on conserve à part, comme un fragment détaché d’un monde soumis à un ordre différent du nôtre.] »

Clémentine Gourdon vous indique comment faire face le jour du Bac à la pensée de Schopenhauer.

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Révisions BAC 2016. L’artiste est-il un artisan comme les autres ?

L’artiste, un artisan comme les autres ? C’est du moins ce qu’en dit Alain dans le Système des Beaux-Arts, avec une pointe de provocation. Comment réagir à ce genre de texte le jour du baccalauréat ?

Alain 1868-1951
Alain 1868-1951

Alain, Système des Beaux-Arts, livre I, chapitres VI et VII

 » Aucune conception n’est œuvre. Et c’est l’occasion d’avertir tout artiste qu’il perd son temps à chercher parmi les simples possibles quel serait le plus beau ; car aucun possible n’est beau, le réel seul est beau. Faites donc et jugez ensuite. Telle est la première condition en tout art, comme la parenté des mots artiste et artisan le fait bien entendre ; mais une réflexion suivie sur la nature de l’imagination conduit bien plus sûrement à cette importante idée, d’après laquelle toute méditation sans objet réel est nécessairement stérile. Pense ton œuvre, oui certes ; mais on ne pense que ce qui est : fais ton œuvre. Puisqu’il est évident que l’inspiration ne forme rien sans matière, il faut donc à l’artiste, à l’origine des arts et toujours, quelque premier objet ou quelque première contrainte de fait sur quoi il exerce d’abord sa perception, comme l’emplacement et les pierres pour l’architecte, un bloc de marbre pour le sculpteur, un cri pour le musicien, une thèse pour l’orateur, une idée pour l’écrivain, pour tous des coutumes acceptées d’abord. Par quoi se trouve défini l’artiste, tout à fait autrement que d’après la fantaisie. Car tout artiste est percevant et actif, artisan toujours en cela. Plutôt attentif à l’objet qu’à ses propres passions ; on dirait presque passionné contre les passions, j’entends impatient surtout à l’endroit de la rêverie oisive : ce trait est commun aux artistes et les fait passer pour difficiles. Au reste, tant d’œuvres essayées naïvement d’après l’idée ou l’image que l’on croit s’en faire, et manquées à cause de cela, expliquent que l’on juge trop souvent de l’artiste puissant, qui ne parle guère, d’après l’artiste ambitieux et égaré, qui parle au contraire beaucoup. Mais si l’on revient aux principes, on se détournera de penser que quelque objet beau soit jamais créé hors de l’action. Ainsi la méditation de l’artiste serait plutôt observation que rêverie, et encore mieux observation de ce qu’il a fait comme source et règle de ce qu’il va faire. Bref, la loi suprême de l’invention humaine est que l’on n’invente qu’en travaillant. Artisan d’abord. »

Explication par Ligeia Saint-Jean.

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Hannah Arendt. « Les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules »

cropped-Hannah_Arendt.jpg“Les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules”

Hannah Arendt “La vie de l’esprit”

Phrase à méditer et si Hannah Arendt dit vrai, alors réviser vraiment la philosophie pour l’examen prochain, c’est être pleinement éveillé et lucide.

Réviser vraiment ce n’est pas apprendre par coeur mais penser. Or penser c’est dépasser la simple adhésion à l’opinion, c’est construire toute une réflexion critique à partir d’un problème que l’on aura soigneusement formulé, d’une analyse conceptuelle rigoureuse des notions en présence, d’une argumentation sérieuse et exigence. Il est apparaît donc évident, que penser exige un esprit en éveil que n’a pas le dormeur ou le somnambule.

Le lycée Jardin d’Essai et le Mémorial ACTe, centre du monde avec 80 élèves du Sénégal, du Surinam, de Nantes et de Guadeloupe

27mai2016A l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, le lycée Jardin d’Essai et le Mémorial ACTe deviennent centre du monde en accueillant 80 élèves du Sénégal, du Surinam, de Nantes et de Guadeloupe.

Comment amener les jeunes à connaître leur identité tout en s’ouvrant au monde ? Comment sensibiliser à l’histoire et aux mémoires de la traite et de l’esclavage par la connaissance du patrimoine matériel et immatériel ? Tels sont les objectifs du projet : « LA TRAITE NEGRIERE, L’ESCLAVAGE ET LEURS HERITAGES : Histoires, mémoires et patrimoines partagés de 80 élèves de Guadeloupe, du Sénégal, du Surinam et de Nantes » d’après une idée originale d’Elise NDOBO, professeur d’anglais à Nantes et de Karine SITCHARN, professeur d’histoire-géographie au Lycée Jardin D’Essai.

Au programme

  • 9h-12h30 : Visite guidée bilingue du Mémorial ACTe réalisé par 10 élèves de seconde De jardin d’Essai formés par le MACTe
  • 14h30-15h30 : Présentation du livre numérique collaboratif rédigé par les 4 classes(lectures + projection vidéo). Ce livre est le fruit d’un formidable échange culturel entre les élèves de Guadeloupe, de Nantes, du Sénégal et du Surinam autour de l’Histoire, des mémoires et du patrimoine de la traite et de l’esclavage.
  • 15h30-16h30 : Rencontre et échanges avec le Président du Mémorial ACTe, M. Jacques MARTIAL, le Directeur scientifique, M. Thierry L’Etang, Mme SITCHARN, professeur d’Histoire au lycée Jardin d’Essai, Mme NDOBO, professeur d’Anglais à Nantes, Mme PATER-TORIN, chorégraphe et les élèves.
  • 16h30-18h : Projection du film « Noirs, l’identité au cœur de la question noire » de Arnaud NGATCHA et Jérôme SESQUIN. Ce film tourné en France hexagonale, aux Antilles et auSénégal soulève la « question noire » qui se pose aujourd’hui en France.Suivie d’un débat avec Georges LAWSON BODY, universitaire.
  • 18h30 : Danse en costume traditionnel des « marrons du Surinam » réalisée par les élèves du Surinam suivie d’une comédie musicale intitulée « De la liberté à la liberté » encadrée par Raymonde PATER-TORIN (chorégraphe) de l’association KAMODJAKA et Yane MAREINE (chanteuse et comédienne) de l’association NOLEDJIZ ART.

 » Une comédie musicale qui donne à voir une jeunesse curieuse de son identité tout étant ouvert à l’altérité. Un spectacle qui montre une jeunesse qui « n’est pas esclave de l’esclavage » comme le disait Frantz FANON mais qui sait valoriser son patrimoine pour en faire un objet artistique et – pourquoi pas demain – un produit touristique. »

Les organisateurs

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Layrle. « Il n’y a plus d’esclave à la Guadeloupe » 1848

Il y a 168 ans, le 27 mai 1848, Jean-François Layrle, alors gouverneur de la Guadeloupe, proclame, par crainte d’une insurrection des esclaves, l’abolition de l’esclavage.

Le décret officiel qui arrivera une semaine plus tard, le 5 juin à Basse-Terre, s’exprime dans les termes suivants :

« Citoyens,

Il n’y a plus d’esclaves à la Guadeloupe.

L’esprit de sagesse et de modération dont la population esclave a fait preuve méritait une récompense. Il m’a permis d’avancer, le jour de la liberté.

Que nos nouveaux Concitoyens continuent d’être modérés et sages ! qu’ils s’élèvent par le travail, les bonnes moeurs, la religion, à toute la dignité d’homme libre !

Qu’ils aident à rendre ce beau pays riches et florissant !

Des mesures pour réprimer sévèrement le désordre et le vagabondage seront immédiatement arrêtées. Tous mes soins, tous les efforts seront consacrés désormais à obtenir pour les maîtres une légitime indemnité.

Vive la République »

La proclamation d'abolition de l'esclavage du gouverneur de la Guadeloupe, le 27 mai 1848 © DR
© DR La proclamation d’abolition de l’esclavage du gouverneur de la Guadeloupe, le 27 mai 1848

Il y a beaucoup à dire sur le fond et la forme du décret de Layrle. On notera seulement d’une part le ton paternaliste – puisque les esclaves ont été bien dociles alors ils auront cette récompense ; qu’ils fassent désormais bon usage de leur liberté-, et, d’autre part, le souci d’indemnisation des maîtres qui se retrouvent sans leurs gentils esclaves. Préférons les propos d’un philosophe qui, un siècle plus tôt alors que l’idée même d’abolition n’était pas à l’ordre du jour, affirmait toute l’absurdité de l’esclavage et le caractère inaliénable de la liberté humaine pour tout homme.

Le droit de l’esclavage est nul

rousseaucontratS’il a fallu le décret d’un gouverneur pour abolir l’esclavage, c’est que l’esclavage fut un droit. Or comme dit Rousseau, « le droit de l’esclavage est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires. »

Et puisque nous évoquons Rousseau, qui était intimement convaincu de l’absurdité de l’esclavage, relisons des extraits de son Contrat Social, paru en 1762, soit 86 ans avant le décret de Layrle. Ce sera notre manière de commémorer cette abolition.

Que ce soit par nature ou par convention la théorie de l’esclavage ne tient pas.

Tout d’abord un extrait du chapitre 2 du Contrat Social, dans lequel notre philosophe critique la théorie de l’esclavage par nature, en suite deux extraits du chapitre 4, justement intitulé « De l’esclavage », dans lequel il, cette la théorie de l’esclavage par convention, c’est-à-dire ce prétendu « droit d’esclavage » qui résulterait d’un « contrat » par lequel un homme renoncerait à tous ses droits en échange de sa vie ou de sa subsistance.

« Aristote avant eux tous avait dit aussi que les hommes ne sont point naturellement égaux, mais que les uns naissent pour l’esclavage et les autres pour la domination. Aristote avait raison, mais il prenait l’effet pour la cause. Tout homme né dans l’esclavage naît pour l’esclavage, rien n’est plus certain. Les esclaves perdent tout dans les fers, jusqu’au désir d’en sortir ; ils aiment leur servitude comme les compagnons d’Ulysse aimaient leur abrutissement. S’il y a donc des esclaves par nature, c’est parce qu’il y a eu des esclaves contre nature. La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués. »

Rousseau, Du Contrat Social, Livre I, Chapitre 2

« Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa condition d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Il n’y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme, et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté. Enfin, c’est une convention vaine et contradictoire de stipuler d’une part une autorité absolue et de l’autre une obéissance sans bornes. N’est-il pas clair qu’on n’est engagé à rien envers celui dont on a le droit de tout exiger, et cette seule condition, sans équivalent, sans échange n’entraîne-t-elle pas la nullité de l’acte ? Car quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ce qu’il a m’appartient, et que son droit étant le mien, ce droit de moi contre moi-même est un mot qui n’a aucun sens ? […] Ainsi, de quelque sens qu’on envisage les choses, le droit d’esclavage est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires ; ils s’excluent mutuellement. Soit d’un homme à un homme, soit d’un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé : je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j’observerai tant qu’il me plaira, et que tu observeras tant qu’il me plaira. »

Rousseau, Du Contrat Social, Livre I, Chapitre 4