Peut-on démontrer rationnellement l’existence de Dieu ?

Peut-on encore croire en Dieu ?

Peut-on démontrer rationnellement l’existence de Dieu ? Et si cela était possible, parlerait-on encore de foi, qui existe justement sans preuve ?

Aujourd’hui, Anthony Feneuil et Yann Schmitt exposent ce que nous réserve cette question vieille comme le monde, question toujours inactuelle.

Creation of man (1508-1512)
Creation of man (1508-1512) • Crédits : Michelangelo

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Lecture

Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, chez Félix Alcan, 1937, chapitre 3 « la religion dynamique » p.271


Les intervenants

  • Anthony Feneuil : maître de conférence en théologie à l’Université de Lorraine (Metz), fondateur et directeur de publication de la revue ThéoRèmes
  • Yann Schmitt : professeur en classes préparatoires, rédacteur en chef de la revue ThéoRèmes spécialisée sur la philosophie et les sciences sociales du religieux

Pourquoi désobéir ?

De quoi sera faite la philosophie demain ? Et si demain, c’était déjà maintenant, et si la meilleure manière de répondre à nos interrogations était de continuer à se poser des questions ? Les Nouveaux Chemins de la Connaissance commence cette semaine avec Manuel Cervera-Marzal qui pose cette question :

Pourquoi désobéir ?

http://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-lundi-30

Gandhi filant
Gandhi filant • Crédits : Inconnu/Wikimedia commons

Pour écouter l’émission

Les lectures

Henry David Thoreau, La Désobéissance civile (Le passager clandestin, 2007), p. 38-39.

John Rawls, Théorie de la justice , trad. de Catherine Audard, (Seuil, 1987), p. 405-406.

Gandhi, Tous les hommes sont frères, trad. Guy Vogelweith (Gallimard, 1969)

Michel Foucault, Dits et écrits, II, 1976-1988, (Gallimard, 2001)


Manuel Cervera-Marzal

Manuel Cervera-Marzal
Manuel Cervera-Marzal

Docteur en science politique, Manuel Cervera-Marzal est actuellement ATER à l’EHESS et Honorary Fellow à la Chaire Hoover. Sa thèse porte sur la désobéissance civile. Il travaille actuellement sur les pratiques militantes au sein du parti politique espagnol Podemos. Ses recherches articulent la philosophie politique et la sociologie. Il est l’auteur de cinq ouvrages, parmi lesquels Miguel Abensour, critique de la domination, pensée de l’émancipation (Sens et Tonka, 2013) et Pour un suicide des intellectuels (Textuel, janvier 2016). Il a dirigé (avec Eric Fabri) l’ouvrage collectif Autonomie ou Barbarie. La démocratie radicale de Cornelius Castoriadis et ses défis contemporains (Passager clandestin, 2015).

http://www.laviedesidees.fr/_Manuel-Cervera-Marzal_.html

Manuel Cervera-Marzal Les nouveaux désobéissants

Faut-il commémorer ou oublier ?

20160529 scénographie Verdun

Est-ce la même chose que de vouloir faire naître ou développer la conscience historique des jeunes et le devoir de mémoire ? Quel est le sens et le but d’une commémoration ? Cela participe-t-il à une conscience et mémoire collective ? Cette mémoire peut-elle raviver des haines ou bien au contraire est-elle le fondement d’une paix authentique et durable ? Oublier ne serait-il pas plus judicieux de manière à tourner des pages, terminer enfin ce grand livre des horreurs et penser un tout autre avenir, une toute autre société ? N’est-ce pas une illusion que de croire que l’on peut prendre des leçons de l’histoire ? Ne croule-t-on pas sous les commémorations sans que l’on puisse voir pour autant des progrès en matière d’humanité ?

Interrogation à poursuivre. Questions à développer. Thèses à échafauder et à discuter. Aller au-delà de toutes polémiques malsaines, pour penser vraiment. Qu’on ne se trompe pas, si certains polémiquent sur le fait que la scénographie des célébrations du centenaire de la bataille de Verdun, conçue par le cinéaste allemand Volker Schlöndorff, était un honteux et désolant, voire blasphématoire spectacle en ce qu’elle faisait courir et danser une jeunesse parmi les tombes et les croix, c’est certainement de la pure et simple récupération politique politicienne. Plus important est de réfléchir sur la nature, le sens et la valeur de l’acte commémoratif tout autant que ses limites. Que dit cet acte ou plus exactement la manière dont on s’y prend pour commémorer, ou encore notre rapport à la mémoire et à l’histoire sur notre société actuelle ?

Vendredi 27 mai en Guadeloupe, on commémorait l’abolition de l’esclavage, dimanche 29 mai on commémorait à Verdun le centenaire d’une bataille, le 6 juin prochain, le débarquement etc. L’occasion nous est donc donnée d’y réfléchir.

Des sujets de philosophie donnés au baccalauréat évoquant cette thématique :

4 dissertations

  • Commémorer le passé, est-ce le connaître ?
  • Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?
  • L’intérêt de l’histoire, est-ce d’abord de lutter contre l’oubli ?
  • Pour se libérer du passé faut-il l’oublier ?

Un texte d’Arthur Schopenhauer

L’usage de la raison individuelle suppose, à titre de condition indispensable, le langage ; l’écriture n’est pas moins nécessaire à l’exercice de cette raison de l’humanité : c’est avec elle seulement que commence l’existence réelle de cette raison, comme celle de la raison individuelle ne commence qu’avec la parole. L’écriture, en effet, sert à rétablir l’unité dans cette conscience du genre humain brisée et morcelée sans cesse par la mort : elle permet à l’arrière-neveu de reprendre et d’épuiser la pensée conçue par l’aïeul ; elle remédie à la dissolution du genre humain et de sa conscience en un nombre infini d’individus éphémères, et elle brave ainsi le temps qui s’envole dans une fuite irrésistible avec l’oubli, son compagnon. Les monuments de pierre ne servent pas moins à cette fin que les monuments écrits, et leur sont en partie antérieurs. Croira-t-on en effet que les hommes qui ont dépensé des sommes infinies, qui ont mis en mouvement les forces de milliers de bras, durant de longues années, pour construire ces pyramides, ces monolithes, ces tombeaux creusés dans le roc, ces obélisques, ces temples et ces palais, debout depuis des millénaires déjà, n’aient eu en vue que leur propre satisfaction, le court espace d’une vie, qui ne suffisait pas à leur faire voir la fin de ces travaux, ou encore le but ostensible que la grossièreté de la foule les obligeait à alléguer ? – Leur intention véritable, n’en doutons pas, était de parler à la postérité la plus reculée, d’entrer en rapport avec elle et de rétablir ainsi l’unité de la conscience humaine.

SCHOPENHAUER, Le Monde comme volonté et comme représentation (1819)

Hannah Arendt. « Les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules »

cropped-Hannah_Arendt.jpg“Les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules”

Hannah Arendt “La vie de l’esprit”

Phrase à méditer et si Hannah Arendt dit vrai, alors réviser vraiment la philosophie pour l’examen prochain, c’est être pleinement éveillé et lucide.

Réviser vraiment ce n’est pas apprendre par coeur mais penser. Or penser c’est dépasser la simple adhésion à l’opinion, c’est construire toute une réflexion critique à partir d’un problème que l’on aura soigneusement formulé, d’une analyse conceptuelle rigoureuse des notions en présence, d’une argumentation sérieuse et exigence. Il est apparaît donc évident, que penser exige un esprit en éveil que n’a pas le dormeur ou le somnambule.

Layrle. « Il n’y a plus d’esclave à la Guadeloupe » 1848

Il y a 168 ans, le 27 mai 1848, Jean-François Layrle, alors gouverneur de la Guadeloupe, proclame, par crainte d’une insurrection des esclaves, l’abolition de l’esclavage.

Le décret officiel qui arrivera une semaine plus tard, le 5 juin à Basse-Terre, s’exprime dans les termes suivants :

« Citoyens,

Il n’y a plus d’esclaves à la Guadeloupe.

L’esprit de sagesse et de modération dont la population esclave a fait preuve méritait une récompense. Il m’a permis d’avancer, le jour de la liberté.

Que nos nouveaux Concitoyens continuent d’être modérés et sages ! qu’ils s’élèvent par le travail, les bonnes moeurs, la religion, à toute la dignité d’homme libre !

Qu’ils aident à rendre ce beau pays riches et florissant !

Des mesures pour réprimer sévèrement le désordre et le vagabondage seront immédiatement arrêtées. Tous mes soins, tous les efforts seront consacrés désormais à obtenir pour les maîtres une légitime indemnité.

Vive la République »

La proclamation d'abolition de l'esclavage du gouverneur de la Guadeloupe, le 27 mai 1848 © DR
© DR La proclamation d’abolition de l’esclavage du gouverneur de la Guadeloupe, le 27 mai 1848

Il y a beaucoup à dire sur le fond et la forme du décret de Layrle. On notera seulement d’une part le ton paternaliste – puisque les esclaves ont été bien dociles alors ils auront cette récompense ; qu’ils fassent désormais bon usage de leur liberté-, et, d’autre part, le souci d’indemnisation des maîtres qui se retrouvent sans leurs gentils esclaves. Préférons les propos d’un philosophe qui, un siècle plus tôt alors que l’idée même d’abolition n’était pas à l’ordre du jour, affirmait toute l’absurdité de l’esclavage et le caractère inaliénable de la liberté humaine pour tout homme.

Le droit de l’esclavage est nul

rousseaucontratS’il a fallu le décret d’un gouverneur pour abolir l’esclavage, c’est que l’esclavage fut un droit. Or comme dit Rousseau, « le droit de l’esclavage est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires. »

Et puisque nous évoquons Rousseau, qui était intimement convaincu de l’absurdité de l’esclavage, relisons des extraits de son Contrat Social, paru en 1762, soit 86 ans avant le décret de Layrle. Ce sera notre manière de commémorer cette abolition.

Que ce soit par nature ou par convention la théorie de l’esclavage ne tient pas.

Tout d’abord un extrait du chapitre 2 du Contrat Social, dans lequel notre philosophe critique la théorie de l’esclavage par nature, en suite deux extraits du chapitre 4, justement intitulé « De l’esclavage », dans lequel il, cette la théorie de l’esclavage par convention, c’est-à-dire ce prétendu « droit d’esclavage » qui résulterait d’un « contrat » par lequel un homme renoncerait à tous ses droits en échange de sa vie ou de sa subsistance.

« Aristote avant eux tous avait dit aussi que les hommes ne sont point naturellement égaux, mais que les uns naissent pour l’esclavage et les autres pour la domination. Aristote avait raison, mais il prenait l’effet pour la cause. Tout homme né dans l’esclavage naît pour l’esclavage, rien n’est plus certain. Les esclaves perdent tout dans les fers, jusqu’au désir d’en sortir ; ils aiment leur servitude comme les compagnons d’Ulysse aimaient leur abrutissement. S’il y a donc des esclaves par nature, c’est parce qu’il y a eu des esclaves contre nature. La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués. »

Rousseau, Du Contrat Social, Livre I, Chapitre 2

« Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa condition d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Il n’y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme, et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté. Enfin, c’est une convention vaine et contradictoire de stipuler d’une part une autorité absolue et de l’autre une obéissance sans bornes. N’est-il pas clair qu’on n’est engagé à rien envers celui dont on a le droit de tout exiger, et cette seule condition, sans équivalent, sans échange n’entraîne-t-elle pas la nullité de l’acte ? Car quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ce qu’il a m’appartient, et que son droit étant le mien, ce droit de moi contre moi-même est un mot qui n’a aucun sens ? […] Ainsi, de quelque sens qu’on envisage les choses, le droit d’esclavage est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires ; ils s’excluent mutuellement. Soit d’un homme à un homme, soit d’un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé : je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j’observerai tant qu’il me plaira, et que tu observeras tant qu’il me plaira. »

Rousseau, Du Contrat Social, Livre I, Chapitre 4

Exercice. Quels sont les parts de l’inné et de l’acquis chez l’homme ?

  • Réponse de Axel KAHN :

Vaste question fort débattue. L’inné est la part de notre personnalité liée à nos gènes transmis par nos parents à la naissance, alors que l’acquis est la part liée à l’environnement : la culture, l’éducation, l’expérience personnelle, etc. L’opposition entre les tenants d’une influence déterminante de l’inné et ceux de l’acquis est largement artificielle. En effet, on peut dire que l’homme a la capacité innée d’acquérir, ce qui fait toute sa spécificité et sa richesse. C’est parce que les gènes humains permettent d’édifier un psychisme humain que l’homme est si sensible aux empreintes laissées par son milieu, en particulier à l’influence de la culture et de l’éducation. Il est certain que les gènes doivent pouvoir intervenir dans telle ou telle caractéristique du cerveau humain, modulant plus ou moins son type de réactivité à l’environnement. Cependant, le modelage par ce dernier jouera à l’évidence un rôle essentiel dans l’édification du psychisme.

  • Vidéo : Joël de Rosnay et la notion d’épigénétique

à télécharger

Radicalité et banalité du mal

LA QUESTION DU MAL, ENTRE RADICALITÉ ET BANALITÉ

Par Myriam Revault D’Allonnes

« Radicalité du mal, banalité du mal » : deux expressions apparemment opposées, que Myriam Revault d’Allonnes s’attachera à rapprocher en montrant combien l’hypothèse kantienne du mal radical permet de faciliter la compréhension de la pensée d’Hannah Arendt, qui, au moment du procès d’Eichmann à Jérusalem, avait associé l’idée de « banalité du mal » à la figure inédite du mal politique moderne (les meurtres de masse, commis sans conscience de culpabilité par des individus parfaitement ordinaires).
M. Revault d’Allonnes a, dans un premier temps, montré en quoi Kant s’est démarqué des approches traditionnelles du mal. Kant, en effet, récuse la logique des théodicées, l’inscrutabilité de l’origine faisant échec à tout schéma explicatif du mal. Il refuse ainsi l’hypothèse du péché originel, de même que toute explication psychologique, qui enracinerait le mal, d’une part dans la sensibilité ou l’irrationalité des passions ; d’autre part dans la dépravation de la raison. Il n’y a donc pas, pour Kant, de « mal absolu », choisi délibérément par un individu « diabolique », mû par l’intention de faire le mal pour le mal. Pour Kant, en effet, l’idée du « mal absolu » et l’hypothèse diabolique ne sont que des moyens de refouler hors de l’humain, la possibilité du mal, permettant ainsi aux hommes ordinaires de s’excepter de toute responsabilité. Aussi Kant opposera le concept de « mal radical ».
Dans un deuxième temps de son exposé, M. Revault d’Allonnes analysera précisément ce concept, en en donnant d’abord le principe : ce qui corrompt le fondement de toutes les maximes morales ; ce qui effrite, à ses racines, la constitution morale. Elle le rattachera ensuite au « fondement subjectif de l’usage de la liberté », qui caractérise la « nature » humaine. L’homme y est pensé comme libre et perfectible, déterminé par une « disposition » au bien, qui constitue en lui la possibilité de l’humanité, mais aussi par un « penchant » « naturel » au mal, qui, subordonnant la raison à la sensibilité, l’autorise à s’écarter des maximes de la loi morale pour privilégier la satisfaction de ses désirs. Dans ce renversement de l’ordre moral, le « penchant » au mal devient perversion du cœur humain.

TL. Débat sur l’amitié

Dans les illusions perdues (1837-1843) d’Honoré de Balzac, Fulgence dit à Lucien :

Ta vanité, mon cher poète, est si grande, que tu en mets jusque dans ton amitié ? s’écria Fulgence. Toute vanité de ce genre accuse un effroyable égoïsme, et l’égoïsme est le poison de l’amitié.

A la suite de l’étude du texte d’Aristote extrait de l’Ethique à Nicomaque 4 élèves de TL ont débattu sur le thème de l’amitié.

Il est possible de réécouter le débat qui a été enregistré et de réagir ou bien de proposer des réflexions sur le même thème en laissant un commentaire.

Pour rappel : la question que pose Charlie pour entamer le débat.

Quel est le vrai ressort de l’amitié ? Est-il raisonnable d’aimer un autre plus que soi-même, au point de se sacrifier, parfois, pour lui ? N’est-il pas absurde de préférer la vie d’un autre à la sienne ? Et si nous nous effaçons au profit d’un autre,  n’est-ce pas, au fond, parce que l’ami  nous apporte ce qui nous fait défaut ?

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